‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 67 sur 124 · Dans La Iluntre fregona · texte numérisé non relu

Dans La Iluntre fregona

Martinenche. — L'Espagne et le romant, français. 10

ont beau avoir vécu dans les académies picaresques cette vie savoureuse où se mêlent les querelles et les danses, les meurtres et les chansons, les jeux et les jurons; ils y ont conservé, malgré tout, leur générosité et leur vertu. Dans un milieu où chacun ne songe qu'à gagner et à garder, leur libéralité révèle la noblesse de leur origine. Don César a, comme eux, la main toujours ouverte, et, dès qu'il en a, son argent s'envole. Comme le Juan de Cârcamo de La Jitanilla de Madrid, il a beau cacher son nom, il n'oublie jamais ce qu'il lui doit. Andrès Caballero ne peut se refuser à l'industrie que pratiquent les bohémiens qui l'ont accueilli dans leur tribu; mais il demande à opérer seul, et il achète les objets qu'il rapporte, quand il. vient de voler de ses propres ailes. Ce «cher Zafari «donne des conseils quand on prend à don Charles de Mira son épée et son buffle, mais il n'y touche pas plus qu'aux argousins qu'on assomme pendant cju'il fait des vers sous les arcades.

D'où vient le caractère chevaleresque de cette sorte de picaros? Les chroniques espagnoles du xvii® siècle nous parlent de gentilshommes qui, « après avoir habité le haut de la société ', » sont venus « se loger dans le bas; » mais, en se souillant au dehors, ils sont loin d'être restés « sains au dedans. » Ce n'est pas sans raison qu'on coupe le cou à don Jerônimo de Loaysa Trivifio dont le supplice est raconté dans les Gacetas de l'anonyme de Madrid". Ce noble tire-laine n'avait pas hésité à tuer un clerc qui mettait trop peu d'empressement à lâcher sa cape. Pendit-on le fils du maître d'armes de Philippe IV, don Luis Pacheco de Narvaez? C'était, en tout cas, le supplice qui convenait à un brigand « escaladeur "'. » Voilà la fin ordinaire de ces seigneurs proclamés maîtres es arts picaresques dans les madragues de Zahara. Celle ciu'imagine Cervantes ne pouvait s'appliquer qu'à des héros de sa fantaisie ironique. Victor Hugo aurait peut-être pu justifier don César-Zafari en rappelant les espiègleries de jeunesse et les fréquentations d'un marquis de Cerralbo ou de ce Fernando de Toledo qui s'amusait de son surnom de picaro ^. Mais ce n'est

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