Préface de Cromwell, Paris, 1897, p
ONT COyNU L'ESPAGNE. 27
résonner des vers romantiques, et chaque fois c'est une sonorité espagnole dont on perçoit l'écho. Dans la Laiire persécutée de Rotrou, les beaux serments d'Octave devant la porte de la bienaimée, l'histoire d'amour qu'il réclame et qu'il arrête en son commencement, les ingénieux sophismes par lesquels il endort la protestation de son honneur, ce gracieux lyrisme qui éveille le sourire en même temps que l'émotion, tout cela avait été d'abord indiqué par Lope de Vega '.
Dans les Galanteries du duc d'Ossonne, Emilie, qui vient de poser sa bougie allumée, se trouve brusquement en présence du duc. — « Qui vous amène ici? » s'écrie-t-elle. Et le duc lui répond :
Deux aveugles. Madame : Amour et la Fortune. Je veux bien toutefois, si je vous importune. Reprendre le chemin par où je suis venu.
Et comme Emilie se plaint de la peur qu'il lui a causée, il s'empresse de lui répUquer :
N'en ayez point. Madame; au contraire, croyez Que je mourrai d'ennui si vous ne m'octroyez, Avec l'impunité de mon audace extrême, La licence de dire à quel point je vous aime. • Mes yeux, que la douceur des vôtres a ravis, Vous livrèrent mon cœur sitôt que je vous vis, Sans avoir jamais pu vous découvrir mon âme. De là vient qu'emporté par l'ardeur de ma flamme. J'étais venu rêveur devant votre logis '-.
Prononcez ces vers avec le ton d'impertinente élégance qu'ils réclament, et dites si Jean de Mairet, en conservant à son héros une attitude castillane, ne semble pas lui donner un geste romantique.
Les ^eux de mots, que ne dédaignera pas Victor Hugo, ne pénètrent pas seulement, à la suite de Quevedo, dans les écrits satiriques d'un Cyrano nous montrant dans les enfers Jason aux prises avec des courtisans qui en veulent comme lui à la Toison, ou le bretteur Bouteville en conversation avec les grammairiens grecs qui ont inventé le duel. Scarron n'a eu garde de mépriser les calembours de Rojas; il les multiplie, au contraire, et leur demande
1. Cf. la seronde journée de la Laiiro perseguida de Lope de Vega et la Laure persécutée de Rotrou (IV. 2).