L'ESPAGNE DANS LE THÉÂTRE DE L'ÉPOQUE ROMANTIQUE APRÈS HERNANI
Si l'on veut rendre justice à l'hispanisme de Victor Hugo dans son théâtre, il suffit de le comparer à celui de ses contemporains. Il est inutile de s'arrêter à des pièces méprisables qui ne nous transportent au delà des Pyrénées que pour suivre une mode nouvelle, et qui accumulent les sottises et les ignorances. Elles voient quelquefois s'ouvrir devant elles les portes d'un grand théâtre, mais elles ne tardent guère à quitter la scène qu'elles compromettent, et elles n'ont plus droit qu'à l'oubli. Est-ce la politique qui fit interdire après la première représentation les inq actes en prose, qui, sous le titre de La reine d'Espagne, furent oués le 5 novembre 1831 à la Comédie-Française? Le drame de Henri de Latouche aurait été, en tout cas, déplacé dans n'importe quel théâtre et à n'importe quel moment. L'extravagance historique y était poussée jusqu'à l'indécence. Il n'en reste qu'un mot que les humoristes ont conservé : « Penses-tu, demandait Charles II, qu'un homme de mon âge, soixante ans et un peu plus, mais un roi, puisse avoir des enfants? — Quelquefois, Sire, répond le médecin Monville. — Et à soixante-dix ans?, reprend le roi. — Toujours, « réplique Porto-Carrero '. Voilà comment s'expriment Charles II, qui est d'ailleurs mort à trenteneuf ans, et un confesseur dont Latouche fait un inquisiteur général et qu'il confond avec le fameux cardinal-ministre. Le reste est à l'avenant.
Jusqu'à quel point le triomphe d'Hernani et le succès de Ruy Blas réussirent-ils à modifier les théories traditionnelles et à attirer l'attention sur les ressources dramatiques qu'on pouvait encore demander au pays du Cid et de don Juan? Parmi les imitations qu'ils provoquèrent, en est-il qui, sans avoir droit à une place