‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 76 sur 124 · Cf. Le Cid (II · texte numérisé non relu

Cf. Le Cid (II

A moi comte, deux mots;

et La Fille du Cid (II, 11) : Prononce :

Tu le peux en deux mots.

2. On en pourrait dire autant d' Elvire qui n'emprunte qu'assez maladroitement aux héroïnes de Corneille son orgueilleuse subtilité. Cf. La Fille du Cid, II, 5.

Martinen-che — L'Espagne et le romant. français. 11

ce n'est pas Hernani, c'est bien plutôt La Fille du Cid. Qu'est-ce que l'histoire du nouveau Rodrigue qui nous y est présente, si ce n'est une sorte de contamination des romances sur un des comtes de Carrion et sur Martin Pelaez? Le comte Fernan Gonzalez échappe par la fuite à la lance d'un ennemi. Nul ne l'a vu, si ce n'est son parent Ordono qui lui attribue l'exploit qu'il accomplit à sa place. Martin Pelaez ne montre d'abord pas plus de courage. Pendant une bataille livrée aux Maures qui assiègent Valence, il s'esquive tout armé et va se cacher dans sa demeure. Quand il se présente pour le repas, le Cid ne veut point lui faire une injure publique, mais il ne peut tolérer non plus qu'il s'assoie à côté d'Alvar Fanez et de ses vaillants compagnons. Il le prie donc de prendre place à sa table. Demeuré seul avec lui, il lui reproche sa conduite. « Entrez en religion, lui dit-il; peut-être pourrez-vous ainsi servir Dieu puisque vous n'êtes pas fait pour le servir à la guerre. » Martin Pelaez est d'autant plus sensible à ces observations qu'elles lui sont présentées « sans rudesse ni fureur » {no con rigor ni con sana). Il est ému de la délicatesse de ce procédé, et il ne songe plus qu'à se relever à ses propres yeux. Dans une autre sortie des assiégés, c'est lui qui s'élance le premier au combat et jette l'épouvante parmi les Maures qu'il met en fuite. Lorsqu'il revient tout sanglant, le héros qui lui a permis de sauver son honneur l'invite à s'asseoir « à la table d'Alvar Fanez et de ses vaillants compagnons ^ » Mettez dans la bouche d'Elvire quelques-uns des reproches du Cid, faites de Martin Pelaez le fils d'Alvar Fanez et donnez-lui le seul nom qui puisse porter sur un public nourri de Corneille; est-il si difficile maintenant de reconstituer la combinaison d'où est sortie La Fille du Cidl Casimir Delavigue s'est contenté de supposer que l'état religieux avait été imposé à son héros à la suite d'un vœu.

Il n'a pas eu à se mettre en frais d'imagination pour le rôle du Maure qu'il lui a opposé. Son Ben-Saïd, quand il ne s'inspire pas de don Gormas ou de don Sanche, ne fait guère que recommencer le siège vainement tenté contre Valence par « le grand Miramolin » et par Bucar -.

Il était plus difficile de faire paraître sur la scène une Chimène vieillie. Casimir Delavigne l'a envoyée au tombeau avant son

1. Cf. le romance 85G et les romances 837 à 841 de l'édition Duran (collection Rivadeneyra, t. X).

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