Cf. les romances 848, 849 cl
glorieux époux, et c'est à sa fille Elvire qu'il a dicté les subtilités de l'héroïsme cornélien. S'il abandonne sur ce point la tradition des romances, c'est encore à eux qu'il a recours pour donner quelque couleur aux diverses péripéties de son intrigue.
Il n'y réussit d'ailleurs qu'assez mal. Victor Hugo avait prêté à un des aïeux de Ruy Gomez de Silva les scrupules du Cid à l'égard des deux juifs usuriers. Casimir Delavigne reprend cette anecdote, et voici comment il croit lui donner une vérité plus délicate. Le Cid avait besoin de trois mille pièces d'or, et il allait proposer comme gage les bijoux de Chimène. Mais la petite Elvire s'empare des brillants qu'elle ne veut plus lâcher, et ses « deux petits poings nus » sont plus forts que le gantelet de son père. Voilà pourquoi le juif Eli n'emporta qu'un coffre rempli de sable. Il n'a pas fait cependant une mauvaise affaire, car la « reine de Valence, » pour payer la dette de la petite Elvire, lui livre son dernier trésor, sa couronne.
Les romances sur la mort du Cid ne sont pas moins maladroitement affadis. Dans le silence de la nuit, les fidèles du héros, Alvar Fanez de Minaya, don Ordono et don Bermudo mettent à son cadavre embaumé son vêtement de bataille. Ils fixent dans sa main son épée nue, sa Tizona, et ils le dressent, sans bouclier à la poitrine, mais casque en tête sur son cheval chéri, sur Babieca dont la tristesse semble comprendre. Les pieds sont fortement attachés aux étriers, et la troupe se met en marche vers le monastère de San Pedro de Cardefia. Devant ce « capitaine sans âme, » mais dont la gloire rayonne, les Maures s'enfuient épouvantés. Casimir Delavigne était trop « prudent et sage » pour essayer de brosser un pareil tableau. Il aurait pu, tout au moins, ne pas chercher à deux reprises à en présenter une image affaiblie. Les instructions données par le Cid sur ses funérailles et scrupuleusement répétées, quand il vient de mourir, par sa fille Elvire ne font point passer dans les veines le frisson tragique. Elles inspirent plutôt le regret d'une « scène à faire » qui ne fut pas faite '.