‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 79 sur 124 · C'est un peu l'apostrophe de don César dans Rtiy Blas · texte numérisé non relu

C'est un peu l'apostrophe de don César dans Rtiy Blas

J'aimerais mieux plutôt qu'être à ce point infâme.... Qu'un chien rongeât mon crâne au pied du pilori! (I, 2.)

IGfi L'ESPAGNE DANS I.E THÉÂTRE ROMANTIQUE.

dition nationale alors même que leurs anachronismes semblaient les en détourner.

La formule superficielle à laquelle il s'est arrêté ne lui permettait pas davantage de tirer de la matière espagnole une sorte de rénovation de la tragédie. Il y a bien, dans certaines scènes de La Fille du Cid, comme un avant-goût d'un drame à la manière de La Fille de Roland. C'est probablement l'unique postérité qu'il faille lui reconnaître. La comedia avait suggéré à Corneille de tout autres inspirations. Le Romancero offrait, lui aussi, des couleurs qui pouvaient être transportées sans perdre tout leur éclat; mais l'Espagne qui s'y agitait n'avait chance de devenir chez nous vivante et agissante qu'à la condition d'être ranimée à la chaleur d'un souflle épique. La vraie suite du Romancero, la seule du moins qui soit digne de lui, ce n'est guère que dans La Légende des siècles qu'on commencera à la voir apparaître en France.

Que devient l'Espagne dans le théâtre de ceux que ne retiennent plus les scrupules classiques de Delavigne et qui s'abandonnent aux théories de Victor Hugo sans se rendre compte des réserves que lui imposait son goût et des libertés qui n'étaient permises qu'à son génie? C'est une étude qu'il ne convient pas plus d'entreprendre dans le détail que de négliger entièrement sous le prétexte qu'elle ne nous met en présence que d'oeuvres secondaires. Ce n'est pas le drame de Victor Hugo qui a eu le plus grand succès en France; ce n'est pas lui, en tout cas, qui a gagné au delà des Pyrénées la bataille du romantisme. Les sujets qui reviennent le plus souvent dans les traductions ou adaptations qu'on applaudit à ]\Iadrid après la mort de Ferdinand VH ne rappellent ni Hernani ni Ruy Blas. Ils avaient été conçus par des écrivains qui étaient beaucoup plutôt des hommes de métier que des poètes. Alexandre Dumas le père et Bouchardy ont connu des triomphes qui ne s'expliquent point entièrement sans l'attrait de l'image qu'ils présentaient de l'Espagne. Comment l'ont-ils déformée pour la rendre plus romantique? Comment l'ont-ils enfin noyée dans le mélodrame? Trois exemples suffiront qui correspondent aux dates extrêmes de ce mouvement. Les Sept Infans de Lara et Don Juan de JMarana en 1836 marquent le point de départ d'une évolution qui aboutit en 1868 à L'Armurier de Santiago, c'est-à-dire à une caricature où l'on peut dire qu'il n'y a plus véritablement ni Espagne ni romantisme.

Page 1