‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 87 sur 124 · Cf. Saint Christophe d' Ecija · texte numérisé non relu

Cf. Saint Christophe d' Ecija

2. Cf. Un Francès en Cartagena, acte II, se. viii. Voici la parodie de Breton dont l'orthographe plaisante s'efforce de reproduire les maladresses de la prononciation française :

Ancha franca de velludo En la tejrsiada mantilla, Aijre resio, questo crudo, Sobejrana pantojrilla, Aima atros, sal espanola,

Alsa ! hola !

Vale un mondo mi manola !

L'attaque se précise dans la dernière scène où Gautier se voit reprocher de généraliser des exceptions :

Si en hora menguada â alguno

Muerde en la calle un lebrel,

Con mucha formalidad

Nos dira luego Gautier :

« Todos los perros de Espana

Muerden... entre cinco y seis. »

3. La première représentation de Un voyage en Espagne, vaudeville en trois actes par MM. Théophile Gautier et Paul Siraudin, fut donnée au théâtre des Variétés le 27 septembre 1843.

jouir d'un succès qui n'était pas de très bon aloi. Le type qu'elle célébrait devait beaucoup plus à la convention qu'à l'observation, et c'est sur lui que se sont modelées tant d'Andalouses de Montmartre. Mais est-ce la faute de Gautier si les strophes qu'il écrivit pour les fantaisies ailées de la guitare ont dégringolé sur les planches du café-concert? Il avait surtout cherché un effet de rythme, et il n'a pas si mal réussi puisque sa séguidille n'a pas été moins souvent mise en musique en Espagne qu'en France.

Il a été plus heureux encore dans son imitation de Sepùlveda. Il attachait trop de prix à la rime pour essayer de reprendre en français les assonances de l'original. Il ne s'est pas davantage demandé si son octosyllabe était le véritable équivalent de l'octosyllabe espagnol. Ce n'est pas, en effet, la forme du romance qu'il a voulu en quelque sorte décalquer; c'est son mouvement général, c'est sa rapide simplicité qu'il a tenté de reproduire. Le Cid et le Juif nous conte un miracle qui ne peut être touchant que par la naïveté même de l'expression. Aussi Gautier n'hésite-t-il pas à supprimer les explications inutiles qui tournent au profit des moines de San Pedro de Cardena la gloire du héros national. Peut-être laisse-t-il soupçonner quelque ironie dans 1' « Ainsi soit- 11 » de la fin, mais il traduit avec un singulier bonheur 1' « aventure étrange » de Diego Gil, et il lui donne plus de vraisemblance en la débarrassant d'une réclame cléricale ^

Quel que soit le succès avec lequel il ait essayé d'adopter des rythmes espagnols, on ne saurait le juger sur des procédés qui ne peuvent pas ne pas sentir l'artifice. Comment a-t-il vu la terre qu'il parcourait, et jusqu'à quel point a-t-il réussi à en décrire les traits essentiels? C'est dans le Voyage qu'il a pu faire preuve de son exactitude à traduire les images diverses qui se déroulaient devant ses yeux. Il reste pourtant dans Espana quelque reflet des paysages qu'il a contemplés. De la Manche, il n'a pas cherché à décrire la monotonie savoureuse et la tristesse grave. On sent cependant qu'il en a subi l'influence. Les pièces qu'il a écrites dans ce décor exhalent une mélancolie qui ne lui vient pas toute de ses lectures romantiques. Son amour pour les monts « fiers et sublimes » s'est surexcité au spectacle de la Sierra Nevada. Sans doute, il a réservé pour le récit en prose de son excursion au Mulhacen tous les détails d'un pittoresque évocateur, mais dans

1. Le romance de Sepùlveda est le n° 9Û5 de la collection Rivadencyia.

ses rimes sonores il a fait passer l'impression générale de grandeur qu'il avait éprouvée, en sortant de Grenade, devant les pics dressés dans l'azur, tandis qu'il montait vers le miroitement de la neige immaculée. Il a trouvé des couleur: plus précises pour peindre certaines visions de la Vieille Castille. Peut-être a-t-il exagéré la longueur poudreuse du chemin qui le conduisit à la Chartreuse de Miraflores, mais il a noté justem^eat au passage les pierres croulantes et les oliviers rabougris et l'implacable soleil dont on maudit d'abord la chaleur pour en bénir enfin la lumière quand, arrivé au sommet du « revers décharné », l'on aperçoit :

Dans le bleu de la plaine L'Église où dort le Cid près de dona Chimène M

Théophile Gautier ne s'est pas contenté de regarder d'un œil impartial les aspects extérieurs de l'Espagne, il a essayé d'en x pénétrer l'âme. Qu'il n'y ait pas toujours réussi, c'est possible, et comment s'en étonner? Il n'en est pas moins vrai qu'il a mieux compris qu'aucun autre poète de son temps les caractères essentiels du génie espagnol, et qu'il les a fort joliment rendus, surtout quand ce peintre les voyait gravés dans une œuvre d'art.

Lisez L'Echelle d'amour ou Le Laurier du Généralise. Comment mieux faire sentir cette sorte de préciosité qui paraît naturelle à Grenade? Au balcon où se penche sa dame l'amoureux ne peut grimper sans échelle, mais ne suffit-il pas qu'EUe dénoue ses longs cheveux noirs pour qu'il monte dans les parfums? C'est une sérénade, et voilà tout. N'est-elle pas dans le goût de ces copias galantes qu'on ne cessera pas de sitôt d'improviser en Andalousie? On n'a pas renoncé non plus sur les bords du Darro à admirer des roses sur les joues de la bien-aimée. Comment n'y pas donner droit de cité au poète qui se penche sur le laurier rose du Généralife et croit sentir la fleur lui rendre son baiser? Dans la Silva où il oppose à la Rome antique la cité des papes, Quevedo compare les ponts du Tibre à des yeux dont les pleurs sont le courant du fleuve, et il s'étonne que les larmes des victimes n'aient point éteint l'incendie allumé par Néron ^. La jeune fiUe de Gautier

1. Cf. la pièce intitulée : En allant à la Chartreuse de Miraflores.

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