Cf. Caliopa, silva IV
laisse tomber de son sein un bel œillet rouge. « Pourquoi, dit-elle à la ,fleur qu'entraîne le courant,
Pourquoi tomber dans la fontaine? Pour t'arroser j'avais mes pleurs P »
Le poète français n'use qu'avec discrétion de la préciosité espagnole; on en respire pourtant le parfum adouci dans le bouquet qu'il rapporte de son voyage.
Théophile Gautier n'avait rien d'un mystique. Il a exalté, lui aussi, la cathédrale gothique, mais le véritable temple de sa dilection, il ne le rencontrera qu'en découvrant le Parthénon. Ce n'est pas en vain pourtant qu'il a parcouru la patrie de sainte Thérèse. Il a senti tout ce qu'il y avait de familiarité tour à tour douce et violente dans un mysticisme que nourrissent également les larmes et le sang. Il a vu la volupté de l'extase dans les yeux de sainte Casilda dont le bourreau vient de trancher les seins. Et il a parlé des moines de Zurbaran avec une justesse d'autant plus intelligente qu'il se refusait à s'abandonner à leur vertige. Il avait un culte trop vif de la beauté humaine pour ne pas protester contre les déformations qu'imposent au corps les pénitences impitoyables, et il était trop sensible aux formes et aux couleurs pour accepter le « morne suicide » des vivants ensevelis dans l'ombre des chartreuses. Comme il les décrit pourtant, ces religieux auprès desquels sont « fades » les moines de Lesueur! Il trouve des mots qui correspondent aux couleurs de Zurbaran pour peindre l'enivrement de leur foi ou leur promenade rêveuse « le long des cloîtres blancs. »
Il n'a eu aucun effort à faire pour comprendre le réalisme de l'art espagnol, et la transcription qu'il en donne est d'une incomparable justesse. C'est peut-être un contraste trop factice qu'il a cherché dans la pièce où il oppose à l'indifférence de la jeune marquise « grande d'Espagne, » l'horreur grimaçante du chef-d'œuvre qu'elle fait admirer; ne réussit-il pas cependant à vous donner le frisson comme si on avait devant les yeux cette tête coupée de saint Jean-Baptiste « où le sang perle encore en gouttes mal séchces-? » Si Gautier a bien senti tout ce qu'il y avait d'original dans la sculpture d'un Montaîiés, c'est pourtant sur la toile plutôt que
1. Cf. la pièce intitulée : J'ai laissé de mon sein de neige....