‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 9 sur 124 · Cf. El palacio conjuso, I. Matilda · texte numérisé non relu

Cf. El palacio conjuso, I. Matilda

Assieds-toi, Carlos, car je t'anoblis.

Don Sanche, I, 3. Isabelle :

Eh bien, seyez-vous donc marquis de Santillane, Comte de Peïïafiel, gouverneur de Burgos.

Hernani, IV, 4. Charles-Quint :

Allons, relevez-vous, duchesse de Segorbe, Comtesse Albatera, marquise de Monroy.

2. Cf. la lettre écrite de Grenade par Voiture à Mlle Paulet. « Vous devez me permettre d'être galant à cette heure que je me trouve à la source de la galanterie et au lieu d'où elle s'est répandue par le monde. »

classiques demandaient aux livres ou aux « pliegos » qui venaient de franchir les Pyrénées, on retrouvait une image assez exacte de l'Espagne héroïque et de l'Espagne picaresque. Comment cette image s'est-elle modifiée et faussée jusqu'au point de devenir quelquefois une véritable caricature? C'est ce qu'il nous reste à faire voir en étudiant les autres sources où nos romantiques sont allés puiser leurs idées sur la patrie du Cid et de don Juan.

IL — L'Espagne chez les philosophes du xviii® siècle.

Les romantiques, qui sont à tant d'égards les fils de J.-J. Rousseau, ont hérité de lui sa haine des « philosophes. » Ils ont d'abord cultivé ce sentiment parce qu'ils étaient des défenseurs du trône et de l'autel. Ils n'y ont pas renoncé quand ils sont devenus libéraux, parce que la philosophie du xviii^ siècle leur paraissait inséparable de l'école littéraire contre laquelle ils menaient leur furieux combat. Mais ils n'ont pas tout rejeté dans les livres qui excitaient leur jeune et hautaine indignation. S'ils ont vu surtout dans l'Espagne la patrie de Torquemada, la faute en est un peu à Montesquieu, elle en est davantage à Voltaire.

C'est un des lieux communs de notre xviii^ siècle d'opposer aux horreurs de l'Inquisition les bienfaits de la same philosophie. Il semble que l'Inquisition concentre et résume tout le catholicisme espagnol. Montesquieu se contente de lancer en passant une ou deux boutades contre des gens qui y sont si attachés « qu'il y aurait de la mauvaise humeur de la leur ôter. » Le tableau est autrement poussé dans le chapitre de VEssai sur les mœurs qui lui est consacré '. Rien n'y manque, ni l'histoire de Torquemada, ni la peinture de la terreur semée par un tribunal extraordinaire dont l'autorité s'élève sur l'ignorance où restent plongées les Ecoles d'Espagne, ni l'inévitable description de l'autodafé. « On chante, on dit la messe, et on tue des hommes. Un Asiatique qui arriverait à Madrid le jour d'une telle exécution ne saurait si c'est une réjouissance, une fête religieuse, un sacrifice ou une boucherie; et c'est tout cela ensemble '^ ».

Page 1