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Ferrer est la forme ancienne de kerrero

3. Cf. En voyage, p. 267 dans l'édition de Hclzel (Paris, 1890).

il se compose peuvent, faire songer à plus d'une région de hautes montagnes, on sent cependant qu'ils ont été tirés de souvenirs de voyage aux Pyrénées, et un ou deux détails ne prennent toute leur valeur qu'appliqués à des « pueblos » du pays basque ou navarrais. Il fallait à Masferrer le cadre d'une nature sauvage. N'était-ce pas le seul qui convînt à l'Espagne de Victor Hugo?

C'est celui qu'on retrouve, mais avec des couleurs d'une plus vive précision, dans Le Petit Roi de Galice. Le nom de ce poème est inscrit en tête d'une série de notes d'histoire et de géographie conservées dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale '. Les fiches ainsi classées ont été mises à profit par Victor Hugo pour d'autres pièces espagnoles de La Légende des Siècles, surtout pour le Jour des Rois. Elles ne représentent d'ailleurs qu'une faible partie des sources du Petit Roi de Galice, et elles sont tirées presque toutes du dictionnaire de Moreri. Parmi les noms historiques empruntés aux articles Léon et Galice, les uns ne paraissent avoir été choisis qu'en raison de leur étrangeté et les autres sont soigneusement espagnolisés. Des deux formes du nom du prince des Sarrasins en Galice, ce n'est pas Joseph, c'est Juzaph qui est préféré. Andèce devient Andecio; Wermond, qui reparaîtra avec cette orthographe dans Le Jour des Rois, se mue en un Bermudo plus heureux qui vient sans doute du Romancero. Le Romancero permet aussi à Victor Hugo de corriger ou de compléter Moreri pour les « dix noms sanglants «des infants des Asturies. Quelquefois enfin il fabrique des mots à sa manière, et ce ne sont pas ceux qui ont la moins belle allure. Il orne d'une épithète homérique comme d'un cognomen inséparable « don Santos Pacheco le hardi »; il remplace l's banale d'Alonso pour imposer à son Alonze un z qu'il juge plus caractéristique.

Même souci de pittoresque et même recherche d'accommodation sonore dans les détails de géographie. Les notes de voyage se joignent ici aux notes prises dans les livres pour renforcer la couleur locale. Le dictionnaire de Moreri fournissait la distinction générale entre l'Asturie d'Oviédo et l'Asturie de Santillana, mais c'est la mémoire ou l'album du poète qui lui ont suggéré les noms de lieu qu'il a distribués au gré de sa fantaisie. S'il laisse à sa place Espos à l'ouest de Pampelune, il n'hésite pas à déplacer ce village de Leso où il avait admiré, pendant ses promenades autour de Pasajes, l'église énorme où des vieilles hideuses « sem-

1. C'est le n° 40 du fonds V. Hugo. Cf. Berrcl, op. cil., p. V3i.

blaient échanger de tendres regards avec les gargouilles '. » A deux lieues de Saint-Sébastien, il avait vu la petite ville d'Oyarzun ; il l'a emportée avec lui en Galice, et, en passant, il a fait cadeau à l'Ybaïcaval d'une ou deux lettres qui ont rendu plus retentissant ce nom basque du Nervion -.

C'est encore à Moreri qu'il doit la plupart des crimes qu'il prête à ses infants, mais le tableau général qu'il en trace rentre sans effort dans le plan général de La Légende des Siècles. Ce sont toujours des « altesses » qui traînent l'enfer à leur suite, à la manière de Gaiffer déjà nommé ^. Il suffisait au poète de les localiser. L'un d'eux s'appelle Froïla. Il rappelle ce Froïla II qui, d'après Moreri, pouvait choisir entre ces trois surnoms : « Le Cruel, le Lubrique et le Lépreux, » et qui vola son royaume à son neveu Ordone. Un autre, Sanche, est fratricide à la manière de Froïla I" qui fit assassiner son frère Vimoran. Enfin le sort que Pacheco réserve à Nuno est celui qu'imposèrent Ramire II, roi de Léon, à son frère Alphonse IV, et Sanche II, roi de Castille, à Alphonse, roi de Léon. Rien n'est plus banal dans tout le « moyen âge » européen que cette claustration, mais rien n'est aussi plus conforme à cette période de l'histoire d'Espagne. Rien de plus naturel, par suite, que le sujet de « La Conversation des infants. » Quant aux broderies dont Victor Hugo décore ce thème, elles ne relèvent pas de la critique, elles n'invitent qu'à l'admiration.

Le bon cavalier qui vient empêcher l'œuvre perverse des « Caïns » de Santillane ou d'Oviedo arrive de France, mais il n'est pas déplacé dans les Asturies. C'est le Roland d'une chanson qui n'a pas eu moins de succès au delà qu'en deçà des Pyrénées. Il recommence dans le ravin d'Ernula quelques-uns de ses merveilleux exploits. Sa Durandal tranche à la fois Pacheco et son cheval. Ainsi le héros de Théroulde frappait « si vertueusement » Grandogne que son épée s'enfonçait jusque dans l'échiné du destrier. Le Roland de Victor Hugo n'oublie pas où il se trouve. Il annonce le coup avant de le porter, et de la plus castillane façon. Ne promet-il pas au premier qui monte à cheval de faire de lui deux morceaux, « comme le Duero coupe Léon en deux? »

Le poème del'Arioste n'a pas exercé en son temps une influence

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