VI. Ruijne
Vredeman apprécié connue constructeur pratique.
Cette dernière planche porte, à gauche sur un piédestal, excv. p baltens. On y remarque un monogramme inédit de l’artiste ih. w (Joannes Vredeman Vries) que nous avons rencontré depuis sur deux dessins tout à fait dans sa manière. Cette suite a été publiée à Anvers, chez Théodore Galle. Paul Vredeman, fils de Hans, a laissé une série de perspectives historiées dans le même esprit (nous en parlons plus bas) où il rapporte aux cinq sens de l’homme les cinq ordres de Vilruve. D’ordinaire, ces compositions, où le sens allégorique manquait parfois de diaphanéité, servaient de cartons aux vitraux profanes et aux tapisseries de haute lisse.
Bien que l’arliste dominât chez Hans Vredeman , il possédait à fond l’expérience technique, l’ensemble des connaissances scientifiques qui lui étaient nécessaires pour exercer l’art de Vilruve et réaliser matériellement
ses conceptions. Nous n’en voulons pour preuve que ce passage, emprunté au Livre d’ architecture , où, après avoir dit que la coutume italienne est de faire des croisées « sans requérir beaucoup de lumière, ne haulte profon- » deur, mais larges et bien peu haultes, » il prétend qu’on ne doit pas suivre le même système dans nos contrées, envers lesquelles le soleil se montre plus parcimonieux de ses rayons. « Mais en ce Pays-Bas, dit Yredeman De Vries « on a une autre condition singulièrement aux villes de grandes » négociations, où les places sont petites et bien chères, là où ils faut prac- » tiser et chercher les places en haut, à la plus grande commodité, soit » grande ou petite, où il faut user et chercher la plus grande commodité et » moïen des édifices ou logis d’architecture en lieu propre a savoir
» ACCOMODER l’ART A LA SITUATION ET NÉCESSITÉ DU PAYS, plllS que OlîCque a
» été besoin aux anciens, selon qu’on en trouvera en chascune des pièces » ou parties. »
Ces leçons du vieux maître trouveraient parfaitement leur application de nos jours, où de nombreux divorces entre le plan et la destination des édifices pullulent sous nos yeux. Une autre remarque assez curieuse que nous suggère ce texte, c’est de voir le soucis du confortable domestique, dont l’Italie donna le premier exemple , signe précurseur de l’adoucissement des mœurs et corollaire de la réhabilitation sociale de la femme, qui commence à préoccuper les architectes dans l’économie de leurs plans.
Nous avons dit que Yredeman De Yries était peintre : ses meillem ’S OEuvres picturales de
Vredeman De Vries.
tableaux se rencontrent actuellement en Angleterre, où ils sont fort recherchés. Entre autres panneaux qui se trouvent dans ce pays, on connaît dans la collection du D' Robinson une « Salutation Angélique, » prétexte biblique, un peu sacrifié pour faire valoir un intérieur perspectif d’une richesse et d’une vérité superbes. Le catalogue van Hoet cite un autre tableau richement étoffé d’architecture et de nombreuses figures , intitulé « Le Triumvirat à Rome. » A la galerie du Belvédère, à Vienne (IIe étage, n° 40), nous avons rencontré un intérieur d’une vaste église ogivale; seulement le catalogue de M. d’Engler fait naître De Yries en 1 528. En l’Église métropolitaine de SVRom* baut à Malines, contre le mur de la Salle chapitrale, on voit une « Circoncision » que Michel van Coxijen peignit à 81 ans, en 1580. Elle fut commandée
HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE
par la Corporation des Quatre Couronnés (tailleurs de pierres et maçons). La scène se passe dans un temple de marbre en style classique; l’architecture a été peinte par Yredeman. Les volets du tableau ont disparu malheureusement pendant l’occupation française. II étoffa encore la salle de « la Cène » de Joost van Wingen peinte pour le retable du maître-autel de l’église, aujourd’hui détruite, de Sl-Géry à Bruxelles. L’hôtel de ville d’Anvers possède un panneau historique daté de 1595. C’est une allégorie de l’institution der Weesen meeslers kamer : la ville d’Anvers prend sous sa protection les orphelins. Le tableau n’a pas besoin de signature; on y reconnaît à première vue la manière de Vredeman. Ce spécimen curieux de notre ancienne école se rapproche comme aspect de certaines compositions de De Clerck. Le Musée de Bruxelles — et c’est une lacune regrettable — ne possède aucune toile de notre artiste. Hugues Lallemant dont l’Hôtel de Cluny conserve une peinture curieuse portant la date de 1562 travailla dans sa manière.
Un certain nombre de dessins de Vredeman sont en notre possession; ils sont généralement tracés à l’encre ordinaire, lavés à l’encre de Chine et retouchés de teintes plates à l’aquarelle. Le plus remarquable est un grand plafond perspectif à ciel ouvert, décoré des écussons d’armoiries de quelques familles d’Anvers. Ce dessin est d’autant plus curieux qu’il offre au revers le brouillon original d’une lettre où l’artiste se plaint , à nous ne savons quel grand seigneur, de ne pas avoir reçu, en même temps qu’une missive dont il accuse réception, les écus annoncés en payement des dessins fournis. Voici le fragment lisible de celte piquante lettre :
« dat men heer dat wij den brief ontfangen dat gij
» hede in bezitting zijt van de tickeningen, maer xvy en hebben geen gell
» ontfangen wanl hij sat dat hij van geen gelt en wist, so meen heer en
» moet ons dat niet qualijck afnemen dat wij men heer geen quitanssi en » sijnden, want en weten niet wat dit bediden mag, oft hier bedrog magsijn » van den boeij, want men het is gasl zonder om ne quitanssi da sijden, « maer wij en weten niet oft men geen gegeven heft oft niet, want wij » hebben den brief ontfangen van eenen vremden knegt die du wij niet en » ken den »
SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS. 199
La série des publications de Hans Vredeman compte trente-quatre livres et opuscules, variant de six à cinquante -quatre planches.
De Vries écrivait avec une égale facilité le latin et le flamand, sa langue maternelle. Il connut aussi la langue française, mais ce fut toutefois Théodore Kemp, qui traduisit en cet idiome le texte de son Livre des Ordres, publié en 1577.
Il composa encore des poésies et nous ne croyons pouvoir mieux compléter la physionomie intellectuelle de l’un des plus énergiques pionniers de l’école ilalo-flamande de la Renaissance, qu’en donnant la mélancolique ballade inscrite en tête de son Livre de Perspective , réimprimé avec additions par Marolois, à Amsterdam, en 1638. Le grand artiste y semble prévoir la longue injustice de la postérité à son égard, lui qui, pendant quarante ans ( met veertig jaer moede ), se dévoua corps et âme au service de son art, et mourut sans avoir eu la consolation de le professer en l’Université de Leijde.