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Maladie de Iluhens et courtoisie de Ferdinand à l’egard de l’artiste valétudinaire.

Supériorité des décorations rubéniennes mises en parallèle avec les œuvres de Gatti Bibbiena, I’ozzo , Guarini cl Servandoni.

Lorsque Rubens entreprit les compositions décoratives des fêles que la ville d’Anvers se proposait de donner pour la Joyeuse Entrée du Cardinal-Infant, il avait atteint l’apogée de son talent et de sa gloire. Les magistrats éclairés de la métropole commerciale, dont le texte de Gevartius nous a conservé les noms, en confiant ce travail à leur artiste de prédilection, l’honneur de la ville d’Anvers, lui donnèrent carte blanche pour le concevoir et, en dépit du malheur des temps, des carolus d’or à discrétion pour le réaliser.

Déjà travaillé delà goutte, Rubens ne put assister à la solennité inaugurale que son génie avait rendue si brillante et qui eut lieu le 15 avril 1635. Au début même de la cérémonie, parcourant d’un œil inquiet son brillant entourage, Ferdinand d’Autriche eut le bon goût de s’apercevoir de l’absence de Rubens. Il en témoigna à plusieurs reprises son désappointement et ses regrets; apprenant son état valétudinaire, il alla le lendemain, en personne, lui témoigner chaleureusement son entière satisfaction.

La visite courtoise et spontanée du Cardinal-Infant forme un épisode caractéristique de cette brillante époque de l’art flamand, aussi féconde'en véritables grands seigneurs qu’en artistes de génie.

Si l’on feuillette attentivement les pages superbes de la Pompa introïtus, on arrive à placer Rubens bien au-dessus de Galli Bibbiena, de Pozzo, de Guarini, de Servandoni, ces vertigineux décorateurs italiens dont les conceptions architecturales atteignirent bien souvent le sublime.

Cinq ans plus tard, le 30 mai 16-10, Rubens succombait au mal qui le minait depuis longtemps; en parcourant ces pages d’une si extraordinaire maestria, on croit entendre le chant du cygne d’une des plus grandes organisations artistiques dont l’histoire de l’art ail gardé la mémoire.

Parfois, en étudiant avec amour les eaux-fortes de l’Entrée du Prince Cardinal, ou laissant aller notre imagination devant les esquisses du Musée d’Anvers, il nous semblait voir, dans la chaise roulante qn’il s’était fait construire pour ne pas être réduit à une complète inaction, pendant les terribles étreintes de sa maladie, Rubens dirigeant de la voix et du pinceau le travail de van Thulden, son élève favori. Ce fut à ce fidèle des derniers jours qu’était réservé l’honneur de conserver pour la postérité ces effluves éphémères du génie rubénien, dans les admirables planches que nous avons sous les yeux.

On a peine, en les parcourant, à supposer qu’elles sont nées de l’inspiration d’un artiste travaillé de douleurs sciatiques, tant il y a de jeunesse, d’exubérance, d’enthousiasme, de sève dans ces improvisations.

Le titre de la Pompa introïtus est, à lui seul, un chef-d’œuvre de verve Valeur artistique du

1 1 ' titre de la Pompa

et de crânerie d’allures. Mars et la Victoire d’un côté. Mercure et la Paix de "!,roïa'?l’autre, figures d’un faire et d’une largeur dignes des meilleurs temps du maître, cantonnent une table d’architecture au galbe franchement italien, servant de soubassement à une sorte de tympan en attique enfermant à la fois les trois membres d’une ordonnance, corniche, frise et architrave. Ce tympan, orné d’un bas-relief dont le sujet est Philippe IV déléguant le pouvoir, figuré par le bâton de commandement, à Ferdinand d’Autriche, est timbré d’un médaillon encadré de cornucopes d’où jaillissent des épis, des joyaux et des perles. Le buste du roi d’Espagne, bas-relief de profil, soutenu par deux figures allégoriques, Anvers et l’Escaut, occupe le champ du médaillon.

Bien qu’à vrai dire elle soit la moins architecturale de toutes les compositions de ce poème décoratif, celte œuvre tire son principal mérite du mélange des lignes architectoniques et de la pondération judicieuse d’une ordonnance matériellement réalisable, avec le jeu et la verve des groupes animés, suprême ressource décorative, côté transcendant et peu accessible aux imitateurs du style rubénien. Il faut être grand maître comme Carrache, Le Rosso , Dietterlin ou Paul Decker, pour manier la silhouette des figures décoratives avec assez d’aisance pour en faire valoir davantage les ordonnances architecturales, en respectant le grand principe esthétique de l’art de Vilruve : l’unité. Si l’architecte n’a pas dessiné le mouvement synthétique des lignes d’une figure, il en résultera un travail de rapport où, neuf fois sur dix, le sculpteur produira une cacophonie là où la pensée de l’architecte appelait un accompagnement harmonieux.

Nous ne croyons pas pouvoir donner une meilleure analyse du style Le style de Rubens dans

. , . ..îi . . l'architecture décora-

de Rubens et de la manière dont le grand artiste comprit 1 architecture déco- »>ye ^ ses Arcs de

° 1 triomphe.

ralive qu’en entreprenant d’analyser et de décrire, au point de vue particulier qui nous occupe, deux des Arcs de triomphe qui nous semblent les plus grandioses et les mieux agencés, et dont les épures d’exécution pourraient

HISTOIRE DE L’INFLUENCE ITALIENNE

s’élaborer sans aucune peine par un architecte de profession d’après les gravures de van Thulden.

Ce qui nous reste au- On conserve à Anvers, à Bruxelles, et au Musée du Belvédère à Vienne,

jourd’hui de cette ma-

jestueuse décoration, quelques débris de ces admirables décors, envers lesquels nous ne comprenons pas le dédain et l’incurie des amateurs du XVIIe et du XVIIIe siècle. Une seule des grandes toiles existe encore à la Galerie de Dresde, c’est le Qiios ego!! de l’Arc de triomphe érigé devant l’église S^Georges.

La perte regrettable de ces peintures et la présence de quelques-unes à Vienne mérite une explication. En 1635, l'Escaut étant fermé « du côté des Etats » , les finances de la ville d’Anvers se trouvaient fort obérées et amoindries. Déjà la ville s’était imposé les plus lourds sacrifices pour recevoir dignement le vainqueur de Calloo. Incapable d’offrir à Ferdinand un cadeau d’orfèvrerie digne de son rang, le Magistral y suppléa en lui présentant les plus remarquables toiles qui avaient figuré aux Portiques triomphaux lesquelles, on le verra bientôt, furent gratuitement peintes par Rubens.

La plupart de ces compositions semblent au jourd’hui définitivement perdues. Disons toutefois, d’après les notes manuscrites de Thijs père et de Mois, que des carions, des panneaux décoratifs et même quelques toiles historiques ayant servi aux Arcs de triomphe de l’Entrée du Cardinal-Infant se trouvaient encore, dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, en possession d’un riche négociant d’Anvers, appelé Norbert van Merck, lequel, particularité intéressante, habitait la maison de Jordaens, rue Haute, et, — au dire de Mensart qui la visita en 1763 — en avait converti l’atelier en un véritable musée. Depuis, nous avons rencontré des débris dans la collection, aujourd’hui dispersée, de feu M. le conseiller Kaïeman et des esquisses originales annotées de la main môme de Rubens dans un exemplaire de la Pompa inlroïtus vendu à Bruxelles à la librairie ancienne de M. Olivier. Nous-même nous possédons des caryatides et pilastres en gaines, fragments intéressants, dessinés à la pierre noire sur papier gris-bleu, rehaussés de blanc et de sanguine; voilà tout.

Sans l’art merveilleux de Guttenberget de Maso Finiguerra, tout le mérite des Arcs de triomphe de l’Entrée de Ferdinand d’Autriche, imaginés par Rubens, serait perdu pour la postérité, et son œuvre architecturale la plus importante, ne serait plus qu’un souvenir controversé.

SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS

LesAnversois n’ont pas encore songé à réaliser en pierre sur le Meir ou l’une des places publiques où ils furent élevés en 1633, l’un ou l’aulre des somptueux portiques de Pierre-Paul Rubens; plus magnifiques, autrefois les Romains bâtissaient froidement, pour les âges futurs, en marbre et en bronze, les arcs de Titus, de Septime-Sévère et de Constantin, exécutés en plâtre, bois et toile peinte, dans l’impatiente ivresse des grands jours de triomphe du Peuple-roi.

Avant d’entamer celle étude, signalons un motif d’une distinction toute particulière, ne cadrant pas avec la fougue de tous les autres arcs triomphaux de Rubens, et possédant des liens de parenté manifestes avec ceux qui furent exécutés sur les dessins de son maître Olho Yænius pour les Entrées de l’archiduc Ernest et d’Albert et Isabelle: c’est VArcus Lusitanorum. Cet arc, élevé près de la rue d’Aremberg aux frais des marchands portugais, offre une composition toute romaine sans chantournements, cuirs ou frontons à volutes, et l’on serait tenté de ne pas l’attribuer â Rubens si l’on ne se rappelait qu’en sus des œuvres d’Alessi il avait encore dessiné certains palais de Gênes de Giambattista Caporali, de Giordano Tassi et de Cæsare Rossetti.

La première de ces compositions (P. VI), placée devant l’église Sl-Georges, porte ce litre latin : Aventus Serenmi Principis gralulatio. C’est la personnification allégorique de la « Joyeuse entrée » du Cardinal-Infant. Disons brièvement que les trois grandes compositions picturales qui y sont encadrées, représentent à droite Neptune apaisant les flots; au centre, les Pays- Bas et la ville d’Anvers accueillant le nouveau Gouverneur victorieux et pacifique; à gauche, une allégorie â la victoire de Ferdinand sous les murs de Nordlingen, le 6 septembre 1634. L’appréciation des peintures sortant de notre cadre, nous n’indiquons ici les sujets que pour rendre hommage au choix judicieux des emblèmes. Voyons à présent l’ordonnance architectonique qui nous est départie.

Bernardino Pocetti nous a laissé quelques compositions, nées du motif de l’arc évidé, où l’archivolte, reposant sur des consoles au lieu d’impostes, est surmontée d’un fronton enroulé en volute. La partie la plus saillante de celte composition est donc une réminiscence italienne; il en est de même de la frise à pelles et à têtes d’anges qui est tout à fait dans le genre de Mitelli

Analyse des plus remarquables compositions.

t° ArcdesPortugais.

2° Arc de triomphe érigé devant l’église S'-Georges.

Analogie de motifs avec les types de Pocetti, Mitelli et Castello.

Sentiment italien de l’ensemble de l’Arc placé devant l’église S1- Georges.

Cartouches a formes gélatineuses.

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ou de Giacomo Laurentiani le ciseleur. Les griffons enfourchés par des satyres, les mains chargées de cornes d’ahondance, qui servent d’amortissements latéraux, se rapprochent encore davantage des types favoris de Bernardo Castello. Un sentiment tout italien règne au reste dans l’ensemble de cette composition, traduit par le génie flamand et rehaussé par l’incomparable couleur de Rubens; il en résulte un ensemble hors ligne, dont les deux exquisses jadis conservées à l’Hôtel des monnaies actuellement au Musée d’Anvers nous donnent une idée assez suffisante pour qu’on regrette éternellement les originaux qui existaient encore en grande partie en celte ville au milieu du XVIIIe siècle.

La masse de l’ordonnance d’ordre ionique moderne, a fûts cannelés sur des piédestaux, repose sur un stylobate inférieur, décoré des armoiries de la ville d’Anvers et du Marquisat du Sf-Empire. Toute cette construction est supposée faite en marbres de couleurs et encadre deux compositions de chevalet disposées en forme de tapisserie de haute-lisse, tendue horizontalement et relevée dans sa partie inférieure par un charmant groupe d’enfants peint en trompe-l’œil. L’un des bambini porte, inscrite dans un cartel encadré de fleurs, cette épigraphe de Gevarts : Sperata temporum félicitas.

Cette partie centrale en forme de tapisserie est délimitée par quatre pilastres accouplés, renforcés de demi-pilastres engagés, et formant à leur tour des niches abritant les statues de l’Abondance et de la Joie, et surmontée d’un altique avec balustrade à jour interrompue au droit de l’immense archivolte, comprenant corniche frise et architrave, et dont les deux membres extrêmes viennent mourir sur l’abaque des consoles. Cet entablement complet en archivolte tournante, imaginé parles maîtres italiens de la décadence, a été employé ici avec un rare bonheur. Le tympan circulaire en est évidé, et une radieuse figure de l’Espérance, se détachant sur l’azur du ciel, présente de la main droite le bourgeon symbolique.

Nous avons dit que la frise de l’archivolte était composée alternativement de pelles et de tètes d’anges; ce motif est interrompu à la partie centrale par un vase, aux anses figurant des chimères, appuyé sur une clé de voûte, tenant la hauteur de l’architrave. Le tout est surmonté d’un de ces cuirs à tremblements gélatineux que l’on trouve aux encadrements de François de Villa-

SUR L’ARCHITECTURE DANS LES PAYS-BAS

mena ou mieux encore dans le recueil publié par Melchior Tavernier. On sait que Rubens affectionnait surtout celle espèce particulière de cartouches.

Ce groupe décoratif supporte l’amortissement terminal : un palmier aux branches chargées d’un lourd boulet de fer pliant sous ses régimes murs. Le tronc est enlacé d’une banderolle sur laquelle on lit cet antique adage : sumit

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