PAUVRES DE LYON
eux-mêmes sous l'appellation de LiPoure de Lyod, c'est-à-dire, « les Pauvres de Lyon » (1).
Des hommes zélés, mais ignorants, qui entreprenaient ainsi 78 de donner l'instruction religieuse au peuple, devaient commettre des erreurs qu'un théologien pouvait facilement dénoncer. D'autre part, ces prédicateurs improvisés, en appelant les fidèles à la pénitence et en les exhortant à faire leur salut, n'épargnaient naturellement pas les vices et les crimes du clergé. Bientôt des plaintes s'élevèrent contre les nouveaux évangélistes ; Jean aux Bellesmains, archevêque de Lyon, les convoqua devant lui et leur défendit de continuer à prêcher. Ils désobéirent et furent excommuniés. Pierre Waldo en appela alors au pape (probablement Alexandre III), qui approuva son vœu de pauvreté et l'autorisa à prêcher avec la permission des prêtres — restriction qui fut observée pendant quelque temps, puis négligée. Les Pauvres ne cessèrent de mettre en avant
(1) Chron. Canon. Laudun. ann. 1173 (Bouquet, xm, 680.) — Sfeph. de Borbone s. Bella\illa, Li1). de VII Bonis Spiritus, P. iv, tit. vu, cap. 3 (D'Argen're, Coll. Judicior i, i, 85 sq.) — Richard. Cluniac. Vit. Alex. PP. III (Murât, m, 447). David Augustens. Tract, de Paup. de Lugd. (Martène, Thés v, 1778). — Mo-
netae ado. Cath. et Wald. lib. v, cap. 1, § 4. — Pet. Sarn. cap. 2. — Passa*. Anon. ap. Gretser {Mag. Bib. Pat. éd. 1618, t. xm, p. 300). - Pétri de Pilichdorf C. User. Wald. cap. 1. — Pegnae Comment. 39 in Eymer. Vir. inqnis. p. 280.
Je crois que personne ne défend plus aujourd'hui la prétention des Vaudois, qui disaient descendre de la primitive Eglise par 1 intermédiaire des Léonistes et de Claude de Turin. Voir Ed. Montet, Hist. litt. des Vaudois, Paris, 1885, p. 32; Prof. Emil. Comba, in Riv. Christ, juin 1882, p. 200-206, et Riforma in Italia, i, 233. — Bernard Gui (Practica, Mss. Bib. Nat. Coll. Doat, t. xxx, 185 sq.), suivant Richnr I de Cluny et Etienne de Bourbon, place les débuts de P. Waldo en 1170; le Canon de Laon donne la date de 1 173.
On ne sait ni ou ni quand mourut Waldo. Ses disciples français vénérèrent sa mémoire et celle de son auxiliaire Vivet, affirmant, comme un point de doctrine, qu'ils étaient en Paradis; la l.ranche lombarde de la secte se contentait d'admettre qu ils pouvaient ê're parmi les élus s'ils avaient fait leur paix avec Dieu avant de mourir; cette diTérence de vues r'squa de produire un schisme à la conférence de Bergame en 1218 (W. Preger, JBtitr. xur Gesch. der Wald. p. 58).
La littérature des Vaudois garda longtemps, sous linfluence de Waldo, le goût des suites de sentences empruntées aux Pères. L'exégèse de ces sentences et des citations bibliques y manque complètement d'originalité. Ainsi le verset du Cantique des Cantiques (ii, 15) : « Prenez-nous !es renards, les petits renards qui gâtent les vignes » était communément expliqué au moyen âge par l'assimilation des renards aux hérétiques et des vignes à l'Eglise. Dans les bulles papales exhortant l'Inquisition à redoubler d'activité, les hérétiques sont souvent qualifiés de renards qui ravagent les vignes du Seigneur. Or, loin de chercher autre chose, les Vaudois ont docilement répété la même interprétation (Montet, op. laud. p. 66).