VERTUS DES VAUDOIS
ans deux de leurs prêtres étaient transportés à la porte du Paradis pour y prendre connaissance de la sagesse divine. Une différence bien marquée entre eux et les laïques consistait en ce que, dans les procès de l'Inquisition, ces derniers étaient autorisés à céder à la contrainte et à prêter serment, tandis que les Parfaits devaient mourir plutôt que d'enfreindre le précepte qui leur interdisait de jurer. Les inquisiteurs, tout en se plaignant de l'astuce avec laquelle les hérétiques déjouaient leurs interrogatoires, reconnaissaient cependant que tous paraissaient plus désireux de sauver leurs parents et leurs amis que de se sauver eux-mêmes (1).
Avec cette tendance à restaurer la simplicité évangélique, l'enseignement religieux des Vaudois devait être surtout moral. Un malheureux, traduit devant l'Inquisition de Toulouse et à qui l'on demandait ce que ses maîtres lui avaient appris, répondit « qu'il ne devait jamais ni faire ni dire ce qui était mal, qu'il ne devait pas faire aux autres ce qu'il ne voulait pas qu'on lui fît à lui-même, qu'il ne devait ni mentir ni jurer » — formule simple, assurément, mais qui laisse peu à désirer dans îa pratique. Une réponse analogue fut faite au moine célestin Pierre dans sa campagne inquisitoriale parmi les Vaudois de Poméranie en 1394.
Une église persécutée est presque nécessairement une église pure et les hommes qui, pendant ces longs et tristes siècles, étaient réduits à se cacher, avec le bûcher sans cesse en perspective, pour répandre ce qu'ils croyaient être les vérités de l'enseignement de Jésus, n'étaient pas capables de souiller leur haute et sainte mission par les vices ignobles que certains fanatiques leur attribuèrent. A la vérité, les persécuteurs attitrés des Vaudois ont toujours reconnu que leur conduite apparente était digne d'éloges et plus d'un parmi eux a déploré le contraste qu'offrait la vie pure des hérétiques comparée à l'existence scandaleuse du clergé orthodoxe. Un inquisiteur qui les a bien connus les
(i) Passav. Anon. c. 5.- Bernard. Guidon. Practica, P. v. — David Augustens. Martène, Thés, v, 1786). — Steph. de Borb. /. c. — Wattenbach, l. c. — Lib. Seo- <ent. Inq. Tolosan. p. 352.