VÉNÉRATION
ses parents croyaient accomplir un devoir de charité en accélérant sa fin.
La cérémonie connue des sectaires sous le nom de melioramentum et appelée vénération par les inquisiteurs, était importante comme fournissant à ces derniers une preuve certaine de l'hérésie. Quand un credens s'approchait d'un ministre ou prenait congé de lui, il s'agenouillait trois fois en disant bene- 96 dicite, à quoi le ministre répondait Diaus vos benesiga. C'était là une marque de respect à l'adresse du Saint-Esprit, qui était censé résider dans le ministre ; il en est fréquemment question dans les procédures, car c'était la condamnation assurée de ceux à qui l'on pouvait attribuer cet acte (1).
Ces pratiques, ainsi que les préceptes compris dans la formule de l'hérétication, attestent la forte tendance ascétique du catharisme. C'était là une conséquence inévitable du dualisme
(1) Rainerii Saccon. Summa. — Lib. Confess. lnquis. Albïens (Mss Bibl. $at. fonds latin, H, 847). — Coll. Doat, xxn, 208, 209; xxiv, 174; xxvi, 197, 259, 272. — Lib. Sent. Inq. Tolos. p. 10, 33, 37, 70, 71, 76, 84, 94, 125, 126, 137-139, 143, 16 , 173, 179, 199. — Bern. Guidon. Pract. P. iv, t (Doat, t. xxx)^— Landulf. Senior, ffist. Mediol. h, 27. — Anon. Passaviens Con'ra Waldehsl cap. 70. — Processus contra Valdenses (Archivio Storico Italiano, 1865, n° 39, p. 57). La description de Yhérétication par Rainerio Saccone, telle que nous la reproduisons dans le texte, est confirmée dans ses détails par les dépositions de témoins devant l'Inquisition de Toulouse; il appert ainsi qu'elle était identique dans toutes les églises. — Doat, xxn, 224, 237 sq. ; xxm, 272, 344; xxiv, 71. Voir aussi Vaissete, m, Preuves, 386, etCunitz, Beitraege, 1852, B. iy, p. 12-14, 21-28, 33, 60.
La pratique de Y Endura parmi les Cathares du Languedoc a été étudiée par M. Charles Molinier avec son érudition ordinaire i(A nnales de la Fac. des Let res de Bordeaux, 1881, n° 3). Elle n'était pas toujours limitée à trois jours. Un seul exemple peut en faire concevoir la rigueur. Blanche, la mère de Vital Gilbert, voulut que son petit-fils malade fût consolé et empêcha sa mère, Guillelma, de lui donner du lait, ce qui causa la mort de l'enfant (Lib. Sentent. Inq Tolos. p. 104). La. théorie de Molinier, suivant lequel cette pratique était de date relativement récente, est confirmée par l'absence de toute allusion à ce su et dans le rituel cathare publié par Cunitz: d'autre part, l'Anonyme de Passau et les témoignages recueillis au cours des procès piémontais de 1388 (Àrch. Stor. loc. laud.), prouvent que celte coutume existait ailleurs encore qu'en Languedoc.
tes sentences de Pierre Cella (Doat, xxi, 295) mentionnent un cas où le ennsolamentum fut administré à un patient sans connaissance, qui revint ensuite à la santé. Il y est question aussi de jeunes filles qui furent perfectées de très bonne heure et portèrent les vêtements consacrés pendant des périodes limitées de deux ou de trois- ans {ibid. 241, 244.)
Quand, en 1239, Robert le Bougre brûla 183 Cathares à Mont-Wimer, leur chef, connu sous le nom d'archevêque de Moranis, leur administra le consolante ntum en montant sur le bûcher, avec ces mots: «Vous, ainsi absous par moi, serez tous sauvés. Moi, je suis seul damné, parce que je n'ai pas de supérieur pour m'absoudre. » (Alb. Trium Font. ann. 1239)