‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 120 sur 551 · ASCÉTISME DES CATHARES · texte numérisé non relu

ASCÉTISME DES CATHARES

particulier qui en fait le fond. Comme toute matière était l'œuvre de Satan, et, par suite, mauvaise, l'Esprit était engagé contre elle dans une lutte perpétuelle, et le Cathare, dans ses prières, demandait à Dieu de ne pas épargner sa chair née de la corruption, mais d'avoir pitié de son âme qui y était comme emprisonnée (No axas merce de la carn nada de corruptio, /nais aias merce de les périt pausat en carcer.) En conséquence, tout ce qui tendait à la reproduction de la vie animale devait être évité. Pour mortifier leurs sens, les Cathares ne mangeaient que du pain et de l'eau trois jours par semaine, excepté quand ils étaient en voyage; en outre, il y avait dans l'année trois jeûnes de quarante jours chacun. Le mariage était également interdit, excepté parmi un petit nombre de sectaires qui permettaient à des hommes vierges d'épouser des filles vierges, à la condition qu'ils cessassent tous rapports aussitôt après la naissance d'un enfant. Les Dualistes mitigés restreignaient la prohibition du mariage aux Parfaits et le permettaient aux simples croyants. Parmi les plus rigides, le mariage charnel était remplacé par l'union spirituelle entre l'âme et Dieu, effectuée par le rite du consolamentum. Pour les Cathares, il n'était pas douteux que le commerce entre les sexes n'ait été le péché originel d'Adam et d'Eve, le fruit défendu au moyen duquel Satan a continué à exercer son empire sur les hommes. Dans une confession devant l'Inquisition de Toulouse en 4310, il est dit d'un des docteurs de l'hérésie qu'il ne toucherait pas à une femme pour tous les biens du monde; dans un autre cas, une femme raconte que son père, ayant été initié par Yhérétication, lui ordonna de ne plus jamais le toucher; et, en effet, elle respecta cette défense même auprès du lit de mort de celui-ci. L'ascétisme était poussé si loin qu'on prohibait tout ce quL était le résultat de la génération animale, la viande, les œufs et le lait; on ne faisait d'exception que pour le poisson (1). La condamnation du mariage et de l'usage de la viande constituait, avec la prohibition des serments, les principaux carac-

(1) Sans doute parce que les poissons se reproduisent sine coitu.

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