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RATIONALISME

Il y avait, dans la secte, quelques rares esprits philosophiques, qui surent se dégager de ces vaines spéculations et qui anticipèrent sur les théories du rationalisme moderne. Aux yeux de ces hommes, la Nature prenait la place de Satan; Dieu, après avoir créé le monde, en avait abandonné la conduite à la Nature, pouvoir créateur et régulateur de toutes choses. Même la production des espèces individuelles n'est pas un acte de la Providence divine, mais un effet du cours de la nature — un moderne dirait : de l'évolution. Ces Naturalistes, comme ils s'appelaient eux-mêmes, niaient la réalité des miracles; ils expliquaient ceux des Évangiles par une exégèse qui n'était guère plus invraisemblable que celle de l'orthodoxie, et soutenaient qu'il était inutile de prier Dieu pour obtenir un temps favorable, le contrôle des éléments n'appartenant qu'cà la nature. Ils écrivirent beaucoup, et un adversaire catholique reconnaît l'attrait de leurs ouvrages, en particulier de celui qui était intitulé Perpendiculum scientiarum (le fil à plomb de la science); il ajoute que ce livre faisait une impression profonde sur ses lecteurs par le mélange qu'on y trouvait d'idées philosophiques et de textes de l'Écriture heureusement choisis (1).

Avant de tourner en ridicule la doctrine du Dualisme, nous devons nous rappeler combien les âmes sensibles et ardentes sont portées vers les explications de ce genre, parce qu'elles ressentent vivement les imperfections de la nature humaine, le contraste qui existe entre elle et l'idéal qu'elles conçoivent. Ainsi, vers 1560, le zélé Réformateur Flacius Illyricus se rapprocha beaucoup des mythes cathares et donna naissance à une chaude controverse en maintenant que le péché originel n'était pas un accident, mais la substance même de l'homme. Il ajoutait que l'image originale de Dieu avait disparu complètement et sans retour au moment de la Chute, qu'elle s'était métamorphosée en une image de Satan, comme par une transformation du Bien absolu en Mal absolu. Ses amis Musaeus et Judex l'aver-

(1) Lucae Tudens. de altéra Vita, lib. m, cap. 2.

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