VERTUS DES CATHARES
rien ne peut être moins repréhensible et leurs actes sont en accord avec leurs paroles. Pour ce qui est de leur morale, ils ne trompent personne, ils n'oppriment personne, ils ne frappent personne; leurs joues sont pâlies par les jeûnes, ils ne mangent pas le pain de l'oisiveté, ils se nourrissent du travail de leurs mains. » Cette dernière assertion surtout est parfaitement vraie, car les Cathares étaient, pour la plupart, de braves paysans, de laborieux ouvriers, qui sentaient le mal autour d'eux et accueillaient avec joie l'espoir d'un changement. Les théologiens qui les combattaient les traitaient d'ignorants et de rustres, et, en France, on les connaissait sous le nom de Texerant (tisserands), parce que l'hérésie était surtout développée parmi ces humbles ouvriers auxquels leurs occupations monotones laissaient, plus qu'à d'autres, le temps de la réflexion. Du reste, si la foule des Cathares était ignorante, ils avaient pour les instruire des théologiens expérimentés et une riche littérature populaire qui a malheureusement péri tout entière, à l'exception d'une traduction cathare du Nouveau Testament et d'un court rituel. Leur connaissance 102 approfondie de l'Écriture est attestée par Lucas, évêque deTuy, qui met les chrétiens en garde contre la conversation des Cathares, à moins qu'ils ne soient très versés dans l'étude de la loi divine et capables de répondre aux arguments de leurs adversaires. La sévère moralité des Cathares n'a jamais, que nous sachions, subi d'atteinte : un siècle après saint Bernard, on rend le même témoignage sur la vertu de ceux qui furent persécutés à Florence au milieu du xme siècle. La formule de confession dont il était fait usage dans les assemblées montre avec quelle sévérité l'on savait y prévenir ou y réprimer jusqu'à la frivolité des pensées et des paroles (1),
(I) Process. c. Vald. (Arch. Stor. Ital. 1865. n0» 38, 39). — S'imm'a c. hxret. fratris Jacobi de CapitJis (JVlolinier, Etudes, p. 16I). — S. Bern. ISerm. in Cant. lxv, cap. 5; lxvi, cap. 1. — Grpgor. Fanens. Disptit. cap. 17. — Anon. Passav. c. Wald. c. 7. — Radulf. Coggeshall. Chron. Anglic. (D. Bouquet, xvm, 93). — Cor.cil. Kemens. ann. 1157, c. 1. — Ecberti Schonaug. c. Cath. serm. i, cap. 1. — Cunitz, Beitr. z» den iheol. Wiss. 1852, iv, p. 4, 12-14. — Lucœ Tudens. de ait. Vit: lib. ii, 9; lib. m, 5. — Lami, Anlœh. Tosc. p. 550.
Les Cathares ont probablement possédé dès 1178 des traductions romanes du