PRÉTENDU CULTE DU DIABLE
pas moins de 180 pour préférer le bûcher, sur quoi le moine, qui nous a raconté cet épisode, observe tranquillement : « Sans doute tous ces martyrs du Diable passèrent des flammes temporelles aux flammes éternelles. » Un inquisiteur expérimenté du xive siècle dit que les Cathares, lorsqu'ils ne se convertissaient pas sincèrement aux mains du Saint-Office, étaient toujours prêts à mourir pour leur foi, à la différence des Vaudois qui ne reculaient pas, pour se sauver, devant des conversions feintes. Les écrivains orthodoxes ont grand soin de nous ! affirmer que le zèle endurci de ses misérables n'avait rien de commun avec la constance des martyrs chrétiens, mais était simplement de la dureté de cœur inspirée par Satan ; l'empereur Frédéric II leur fait un crime de l'obstination qui empêche les survivants d'être effrayés ou amendés par l'horreur des châtiments infligés aux coupables (1).
Il était assez naturel que ces Manichéens fussent accusés d'adorer le Diable. A des hommes habitués aux pratiques courantes de l'orthodoxie, à l'achat de tout ce qu'ils pouvaient désirer par des prières, de l'argent ou des œuvres pies, il semblait nécessaire que les Manichéens, qui considéraient toutes 105 choses matérielles comme l'œuvre de Satan, l'invoquassent en vue d'avantages temporels. Ainsi le cultivateur ne pouvait pas demander à Dieu une récolte abondante, mais devait solliciter cette faveur du Diable qui, pour lui, était le créateur du blé. Il y avait, à la vérité, une secte dite des Luciférains, qui passaient pour adorer Satan, le considérant comme le frère de Dieu, injustement banni du ciel, et le dispensateur des biens terrestres ; mais ces sectaires, comme nous le verrons plus loin, se
(i) Rad. Glabri lib. m, c. 8.— Landulf. Senior. Mediolan. Hist. n, 27. — Cœs. Heisterbach. Dial. Mirac. dist. v, c. 19. — Trithem. Chron. Hirsiug. ann. 116».
— Guill. de Newburg. Hist. Angiic. lib. n, c. 13. — Guillel. Nangiac. ann. 1210.
— Chron. Turon. ann. 1210. — Radulf. Coggeshall. Chron. Anylic. (D. Bouquet, xv, ii, 93). — Bernard. Guidon. Practic. P. iv (Doat, xxx). — S. Bernardi, Serm.. in Cantic. lxv, c. 13. — Lucas Tudens. de altéra vita, lib. m, c. 21. — Constit, Sicular. lib. i, tit. 1.
L'histoire de la jeune fille de Cologne revêt une forme quelque peu mjthiqu» sous la plume de Moneta, qui en place la scène en Lombardie (Cantu, Eret. d'Italie^ i, 88); mais cela ne fait que confirmer l'universalité de l'hommage rendu à la constance des hérétiques.
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rattachaient aux Frères du Linre Esprit, qui descendaient probablement eux-mêmes des Ortlibenses. Il n'y a aucune preuve que îes Cathares aient jamais hésité dans leur confiance en Jésus-Christ, ni qu'ils aient aspiré à un aulre bien qu'à la réunion avec Dieu (1).
Telle était la croyance dont la diffusion rapide à travers le midi de l'Europe remplit l'Église d'une terreur trop justifiée. Quelque horreur que puissent nous inspirer les moyens employés pour la combattre, quelque pitié que nous devions ressentir pour ceux qui moururent victimes de leurs convictions, nous reconnaissons sans hésiter que, dans ces circonstances, la cause de l'orthodoxie n'était autre que celle de la civilisation et du progrès. Si le Catharisme élait devenu dominant, ou même seulement l'égal du catholicisme, il n'est pas douteux que son influence n'eût été désastreuse. L'ascétisme dont il faisait profession en ce qui concerne les relations entre îes sexes, aurait inévitablement conduit, s'il était devenu général, à l'extinction de l'espèce; et comme ce résultat implique une absurdité manifeste, il est probable qu'on aurait substitué au mariage des unions libres, entraînant la destruction de l'idée de famille, avant de se résigner à la disparition du genre humain et au retour de toutes les âmes exilées vers leur Créateur. En condamnant l'univers visible et la matière en général comme les oeuvres de Satan, le Catharisme faisait un péché de tout effort vers l'amélioration matérielle de la condition des hommes. Ainsi, si cette croyance avait recruté une majorité de fidèles, slle aurait eu pour effet de ramener l'Europe à la sauvagerie les temps primitifs. Elle n'était pas seulement une révolte contre l'Église, mais l'abdication de l'homme devant la nature. Jne telle entreprise était condamnée dès l'origine et nous avons peine à comprendre qu'elle se soit maintenue si longtemps, si obstinément, même en face d'une Eglise qui avait donné tant de motifs de se faire haïr et mépriser. Sans doute, l'exaltation
(1) Raduli. Coggeshall l. c. — Pauli Carnot. Vet. Aganon. lib. vi, c. m. — Cam pana, Storia di San Pietro Martire, lib. h, c. 2, p. 57. — Fragm. adv. Haeret. Mag. Bibl. Pat. mit, 341). — Cf. Trithem. Chron. Hirsaug. ann. 1315.