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entrée dans une voie nouvelle (1). A des degrés divers et avec une ardeur plus ou moins grande, des spécialistes consciencieux et bien outillés y avaient succédé aux détracteurs et aux apologistes aveugles. D'ailleurs, on sentait combien grande était encore la tâche à accomplir, avant d'arriver à des résultats d'ensemble de nature à satisfaire la science. Une salutaire méfiance, que ne justifiait que trop la faiblesse de tant d'ouvrages ambitieux et creux, régnait parmi les historiens à l'égard des généralisations hâtives et prématurées. En 1881, présentant au public son livre critique sur les sources connues et inconnues de l'Inquisition dans le Midi de la France, Ch. Molinier disait avec une prudente sagacité : « L'histoire répugne aujourd'hui à des synthèses de ce genre, et nous ne croyons pas que sa juste défiance ait nulle part plus qu'ici de raison d'être. Le mieux serait, il nous semble, d'appliquer une fois de plus la méthode moins ambitieuse qu'elle a fini par préférer, c'est-à-dire de procéder par une série de monographies des différents tribunaux d'Inquisition. Ce serait le second terme d'une série de travaux, dont le premier devrait être l'étude sur les sources, que nous avons indiquée et que nous avons essayé de faire. Alors, peut-être, mais alors seulement,
(1) En 1800, le professeur H. Finke écrivait dans la Rômische Quartalschrift : « Seit einem Jahrzehnt hat sien die kirchenhistorische Forschung mit Vorliebe der Geschichte der f œpstlichen Inquisition in den ersten Jahrhunderten fores Bestehens zugewendet und damit eine alte Unterlassungssiinde wieder gut gemacht. VVar es doch eine aufallende Erscheinung, dass man grundgelehrte Artikel und dickleibige Biicher liber die spseteren Entwickelungsstadien einer Institution schrieb, ohne deren erste Grundlagen genau zu kennen; noch auffallender freilich war es, dass dièses Verfahren so lange als richtig angesehen und kein Widerspruch dagegea erhoben wurde. So konnte es geschehen dass man noch in den siebziger Jahren Inquisitionsromane, wie die Geschichte d(r Inquisition von Fridolîn Hoffmann, selbst in ernsthaften Zeitschriften als wissenschaftliche Arbeiten behandelte ! Das ist nunmehr anders geworden. »
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après avoir déblayé le terrain, pourrait-on procéder à l'œuvre définitive, dont nous marquions à l'instant même les difficultés ». Quant à « un vaste ensemble, qui prendrait le titre d'histoire de l'Inquisition», l'auteur n'hésitait pas à l'appeler « une entreprise à peu près chimérique (1). »
Or, pendant que M. Mobilier écrivait ces lignes, qu'approuvèrent tous ses lecteurs d'Europe, il y avait, de l'autre côté de l'Atlantique, un vaillant vieillard qui depuis des années avait réuni une bibliothèque unique et une riche moisson de documents inédits sur l'ensemble de l'histoire de l'Inquisition. Ne reculant pas devant cette tache écrasante, il avait fouillé tous les imprimés accessibles et dépouillé une montagne de pièces authentiques qu'il avait su se procurer par Correspondances dans les principaux dépôts d'archives de l'Occident. En août 1887, il avait terminé à Philadelphie les trois gros volumes de son étonnant ouvrage, qui paraissait à New-York en 1888 sous le titre : A History of the Inquisition of the middle âges, par Henry Charles Lea. L'auteur était âgé de 63 ans et ne pouvait consacrer que quelques heures par jour à ses études favorites, absorbé le reste du temps par ses affaires : jusqu'en 1880, il avait dirigé une grande librairie (2)..
Quand les paquebots transatlantiques eurent apporté cet ouvrage en Europe et que ces trois gros inoctavo s'empilèrent sur la table de travail des historiens,
(1) L'inquisiton dans le Midi de la France, Introduction, p. xn.
(2) La librairie Lea a été fondée en 1784 à Philadelphie; elle est devenue une «•es maisons d'édition les plus importantes des États-Unis.
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il y eut partout un mouvement d'hésitation et de défiance bien naturelles, surtout en Allemagne, où le sujet était peu étudié et où l'on venait de -siffler le livre grotesque de Fridolin Hoffmann. Mais bientôt les trois gros volumes de l'historien américain furent lus et du coup appréciés à leur valeur. Je sais que M. Molinier fut un des premiers admirateurs de cette œuvre magistrale. Sa conversion fut celle de tous les spécialistes d'abord hésitants.
Il y a irois mois, un critique allemand, apparemment des plus versés dans l'histoire de l'Inquisition, après avoir apprécié très favorablement les autres travaux de Lea, portait sur son Histoire de l'Inquisition au moyen âge le jugement suivant : « C'est le point central de toute son œuvre. Plus on étudie l'activité de cet homme unique, plus on sent croître l'admiration pour la méthode strictement scientifique d'après laquelle il travaille. Reusch, qui par son acribie peu commune avait su conquérir le respect de tous, amis ou ennemis, a caractérisé le livre de Lea comme « l'histoire de l'Inquisition la plus (( étendue, la plus profonde et la plus fouiliée que nous « possédions ». Une étude serrée de l'une des nombreuses parties neuves de l'ouvrage a amené le docte J. Gmelin à accepter complètement les conclusions de Lea (sur l'affaire des Templiers)» (I). Ce jugement si élogieux est celui des spécialistes de tous les pays.
Du reste, le grand ouvrage de Lea a stimulé l'activité des historiens d'Europe. Depuis 1888, on a vu s'accumuler les livres et les dissertations qui permettront peut-être un
(1) Revue Deutsche Stimmen de Cologne, n» 19, 1er janvier 1900.