CATHARES EN ITALIE
bientôt après, aux Assises de Clarendon, il défendit par un article spécial de recevoir chez soi des hérétiques, sous peine de voir sa maison détruite ; en même temps, il obligea tous les sheriffs (officiers civils des comtés) à jurer qu'ils observeraient 114 cette loi et feraient prêter serment dans le même sens à tous les intendants des barons, à tous les chevaliers et possesseurs de terres franches. Depuis la fin de l'Empire romain, c'était la première fois qu'une loi contre l'hérésie était insérée dans un recueil de statuts. J'ai déjà signalé à plusieurs reprises le courage héroïque avec lequel les condamnés subissaient leurs peines. Nus jusqu'à la ceinture, frappés à coups redoublés, marqués au fer rouge, ils furent chassés en plein hiver dans la campagne où, comme personne ne voulait leur donner asile, ils périrent misérablement l'un après l'autre. L'Angleterre n'était guère hospitalière à l'hérésie et pendant longtemps nous n'en trouvons plus de traces dans ce pays. Vers la fin du siècle, quelques hérétiques furent dénoncés dans la province de York et, dans les premières années du siècle suivant, on en découvrit quelques-uns à Londres. L'un de ces derniers fut brûlé. Mais on peut dire, en dépit de ces cas isolés, que l'orthodoxie de l'Angleterre resta intacte jusqu'à l'apparition de Wickliffe (1). L'Italie, à travers laquelle l'hérésie bulgare avait gagné l'Occident, était naturellement très affectée. Milan passait pour être le centre de l'hérésie ; c'est de là que partaient les missionnaires, c'est là que venaient s'instruire des pèlerins venus des royaumes occidentaux ; c'est là enfin que prit naissance la sinistre désignation de Patarins, sous laquelle les Cathares furent bientôt connus à tous les peuples de l'Europe (2).
(1) Guill. de Newburg. Hist. An>;lic. lib. n, c. 13. — Matt. Paris, Hist Ang'ic. ann. 11G6 (p. 74). — Radulf. de Diccto ann. HOC— Kadulf. Coggeshall (D. Bouquet, xvm, 92). — Assises de Clarendon, art. 21. — Pétri Bleseus. Epist. 113. — Schmidt, i, 99.
(2) Les hérétiques s'appelaient eux-mêmes Cathari, c'est-à-dire «Purs». Le nom de Patarins semble avoir pris naissance à Milan vers le milieu du xie siècle, pendant les guerres civiles nées des efforts des papes pour imposer le célibat au clergé marié de Milan. Dans les dialectes romans, pâtes signifie « vieux linge » ; les chiffonniers étaient appelés Patari en Lombardie, et le quartier habité par eu\ à Milan était encore appelé, au xvn.e siècle, Pattaria ou Contracta de Patiari. Même aujourd'hui il y a dans les villes italiennes des quartiers et des rues qui
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115 Les papes, engagés dans une guerre à mort avec l'Empire et obligés souvent de quitter l'Italie, firent peu d'attention aux hérétiques pendant la première moitié du xne siècle, où nous savons cependant que leurs erreurs rallièrent de nombreux adeptes. En 1125, à Orvieto, ils réussirent même à s'emparer pendant quelque temps du pouvoir; mais, à la suite d'une lutte sanglante, ils furent dépossédés par les catholiques. En 1150, la campagne fut reprise par Diotesalvi de Florence et Gherardo de Massano ; l'évêque ayant réussi à les expulser, ils furent remplacés par deux femmes, Milita de Montemeano et Giulitta de Florence, dont la piété et la charité conquirent l'estime du clergé et la sympathie du peuple, jusqu'à ce qu'on découvrit, en 1163, qu'elles étaient les chefs d'un groupe d'hérétiques. Nombre d'entre eux furent pendus ou brûlés, les autres exilés.
portent ce nom (Schmidt, n, 279). Pendant les querelles du xi* siècle, les papistes tenaient des réunions secrètes dans la Pattaria, et étaient dédaigneusement qualifiés de Patarins par leurs adversaires — nom qu'ils finirent par accepter eux-mêmes (Arnulf. Mediolanens. lib. ni, cap. 11; lib. iv, c. 6, 11. — Landul'. Jun. c. 1. — Willelmi Clusiens. Vita Benedicti abbat. Clusiens. c. 33. — Benzon. Comm. de reb. Henrici IV, lib. vu, c. 2). Comme la condamnation du mariage des clercs par la papauté était qualifiée de manichéenne, et comme les pap;stes étaient soutenus par les hérétiques cachés, disciples de Gherardo di Moni'orte, ce nom fut assez naturellement transféré aux Cathares de Lotnbardie, d'où il se répandit à travers l'Europe. En Italie, le nom des Cathari, corrompu en Gazzari, fut aussi employé et finit par designer les hérétiques; les fonctionnaires de l'Inquisition étaient appelés Cazzagazza>'i (chasseurs de Cathares) et acceptaient eux-mêmes ce sobriquet (Muratori, Antiq. Diss. lx, t. xii, p. 510, 616). Le nom des Cathari a survécu dans 1 allemand Ketzer, qui signifie « hérétique». On les appelait aussi, à cause de kur origine bulgare, Bulgari, Bugari, Bulgri, Bugres (Alatt. Paris, ann. 1238) — mot qui a gardé une signification infâme en Angleterre, en France et en Italie. Nous avons vu qu'en France ils portaient aussi le nom de Texerant ou Textores, à cause du grand nombre de tisserands qui s'étaient ralliés à l'hérésie (cf. Doat, xxiu, 209-210). Le ternie de Speronistx, qui les désignait aussi, dérivait du nom de Robert de Sperone, évêque des Cathares français en Italie (Schmidt, n, 282). Les Croisés, qui rencontrèrent les Pauliciens en Orient, rapportèrent ce nom sous la forme corrompue de Pubhcani ou Popplicans. D'autres désignations locales étaient celles de l'iphili ou Pifres (Ecbert Schon. Serm. I, c. 1), Tetonani ou Deonani (d'Achery, u, 500;, enfin de Boni Hommes ou Bonshommes. Le terme d' Albigewes, dérivé du nom d'Albi, ou les hérétiques étaient nombreux, fut employé d'abord par Geoffroy de Vigeois en 1181 (Gaufridi Vosens. Chron. ann. 1181) et devint d'un usage général pendant les Croisades contre Raymond de Toulouse.
Les différentes sectes entre lesquelles se divisaient les Cathares étaient connues sous les noms particuliers d'Albanenses, Concorrezenses, Bajolenses, etc. (Rainerii Saccon. Summa. Cf. Muratori, Dissert. lx).
Dans le langage officiel de l'Inquisition au xui6 siècle, hérétique est toujours équivalent de cathare, tandis que les Vaudois sont spécialement désignés comme tels. L'accusé était interrogé super facto hœresis vel Valdesix.