HENRI DE CLAIRVAUX
pement de l'hérésie. Mais, en ilfl, Alexandre III l'emporta et reçut la soumission de Frédéric. Raymond suivit nécessairement son suzerain (une grande partie de ses domaines dépendait de l'Empire) et s'aperçut alors, tout à coup, qu'il devait arrêter les progrès de l'hérésie. Malgré sa puissance, il sentit que la tâche était au-dessus de ses moyens. Les bourgeois de ses villes, indépendantes et indisciplinées, étaient en majorité des Cathares. Nombre de ses chevaliers et de ses seigneurs étaient, secrètement ou ouvertement, des protecteurs de l'hérésie ; le bas peuple méprisait le clergé et honorait les hérétiques. Quand un hérétique prêchait, on se pressait en foule pour l'applaudir; quand c'était un catholique, chose d'ailleurs plus rare, on lti demandait, avec force railleries, de quel droit il enseignait la parole de Dieu. Raymond, qui guerroyait continuellemei t contre de puissants vassaux et des voisins plus puissants encore, comme les rois d'Aragon et d'Angleterre, ne pouvait évidemment pas entreprendre d'exterminer plus de la moitié de ses sujets. On peut douter qu'il fut sincère dans le désir qu'il professait de supprimer l'hérésie ; mais, quoi qu'il en soit, la situation où il se trouvait est intéressante, parce qu'elle est l'image anticipée des difficultés terribles qui allaient peser sur son fils et son petit-fils et conduire la maison de Toulouse à sa ruine.
Décide à sauver du moins les apparences, Raymond sollicita l'aide du roi Louis VII et, se souvenant des exploits de saint Bernard, qui, au cours de la génération précédente, avait puissamment contribué à la suppression des Henriciens, il s'adressa au successeur de Bernard, Henri de Clairvaux, supérieur de l'ordre 121 cistercien. Dans son appel, il décrit sous les plus sombres couleurs la condition de l'orthodoxie sur ses domaines. Le clergé s'était laissé séduire; les églises étaient abandonnées et tombaient en ruines; les sacrements étaient méprisés; le Dualisme l'emportait sur le Trinitarianisme. Malgré son impatience de devenir le ministre de la vengeance divine, il se sentait impuissant, parce que les principaux de ses sujets avaient embrassé l'hérésie et que la meilleure partie de son peuple avait fait de môme. Les peines spirituelles n'inspiraient plus aucune crainte