SIÈGE DE LAVAUR
cause; l'Église leur accordait sa protection et elle promettait le salut éternel à ceux qui mourraient pour elle. Parmi les guerriers de ce temps-là, turbulents et chargés de tous les crimes, il n'était pas difficile, au prix de pareilles promesses, de lever une armée sans lui assurer de solde (1).
Aussitôt après son retour du concile, Pons, archevêque de Narbonne, se hâta de publier ce décret, avec tous ses anathèmes et ses interdits, qu'il étendit à ceux qui extorquaient aux voyageurs de nouveaux péages — abus familier aux seigneurs féodaux et que nous verrons sans cesse reparaître dans les querelles albigeoises. Henry de Clairvaux avait refusé le siège difficile de Toulouse, qui était devenu vacant peu de temps après sa visite à cette ville en 1178; mais il avait accepté le titre de cardinal d'Albano et fut aussitôt délégué comme légat du pape pour prêcher et pour conduire la croisade. Son éloquence lui permit de lever des forces considérables, à la tête desquelles, en 1181, il se jeta sur les domaines du vicomte de Béziers et mit le siège devant la forteresse de Lavaur, où la vicomtesse Adélaïde, fille de Raymond de Toulouse, s'était réfugiée avec les principaux des Patarins. On nous dit que Lavaur fut prise par miracle et que, dans différentes parties de la France, des hosties saignantes annoncèrent la victoire des armes chrétiennes. Roger de Béziers se hâta de faire sa soumission et de jurer qu'il ne protégerait plus l'hérésie. Raymond de Baimiac et Bernard Raymond, les évèques cathares qui avaient été faits prisonniers, renoncèrent à l'hérésie et en furent récompensés par des prébendes dans deux églises de Toulouse. Beaucoup d'autres hérétiques se soumirent, mais revinrent à leurs erreurs aussitôt que le danger fut passé. Les Croisés, qui ne s'étaient engagés à servir que pour un temps assez court, se débandèrent et l'année suivante le cardinal-légat retourna à Rome, n'ayant accompli, en réalité, que peu de chose, sinon d'accroître l'exaspération du pays hérétique par les dévastations que ses troupes y avaient commises. Raymond de Toulouse,
(1) Concil. Lateran. III. ann. 1179, c. 27.
COTEREAUX ET BRABANÇONS
alors engagé dans une lutte désespérée contre le roi d'Aragon, parait être resté tout à fait indifférent, ne servant ni dans un camp ni dans l'autre (1).
Les Cotereaux et les Brabançons, que le concile de Latran ^25 avait dénoncés avec les Patarins, méritent de nous arrêter quelques instants. Nous les trouverons sans cesse sur notre chemin et leur maintien constitua un crime qui valut à Raymond VI de Toulouse presque autant d'hostilité de la part de l'Église que la protection des hérétiques dont on l'accusait. C'étaient des flibustiers, les prédécesseurs de ces redoutables compagnies franches qui, en particulier pendant le xive siècle, furent la terreur de tous les habitants'pacifîques et causèrent à la civilisation des maux incalculables. La variété des noms sous lesquels ils étaient connus, Brabançons, Hainautiers, Catalans, Aragonais, Navarrais, Basques, etc., montre combien le mal était répandu et comment chaque province mettait sur le compte de sa voisine la formation de ces bandes exécrées. Les désignations plus familières de Brigandi, Pilardi, Ruptarii, Mainatae (Mesnie) etc., disent assez quelles étaient leurs occupations; et quant aux autres noms de Cotarelli, Palearii. Triaverdins, Asperes, Vales, ils ont ouvert un champ illimité à la fantaisie des étymologistes. Ces bandes se recrutaient parmi les paresseux, les débauchés, les paysans qui avaient été ruinés par les guerres, les serfs fugitifs, les proscrits, les criminels échappés des geôles, les prêtres et les moines indignes et, en général, parmi l'écume de la société que les agitations continuelles de l'époque faisaient remonter à la surface. Constitués en troupes plus ou moins nombreuses, ils vivaient sur le pays et se mettaient au service des seigneurs qui leur promettaient une solde ou du pillage, chaque fois que ceux-ci avaient besoin d'une force militaire pour un terme plus long que celui dont la loi faisait une obligation au vassal. Les chroniques de ce temps
(1) Gaufridi Vosiens. Chron. ann. 1181. — Roberti Autissiodor. Chron. ann. 1181. — Alberic. Trium Font. Chron. ann. 1181. — Guillel. Nangiac. ann. 1181, — Chron. Turon ann. 1181. — D. Vaissete, m, 57. — Guiliel. de Pod. -Laurent, c. 2.