EXTERMINATION DES ROUTIERS
sont pleines de lamentations sur leurs dévastations incessantes; les annalistes ecclésiastiques insistent sur ce fait que leurs méfaits pesaient plus lourdement encore sur les églises et sur les monastères que sur les châteaux des seigneurs et les chaumières des paysans. Ils se moquaient des prêtres, qu'ils qualifiaient de chanteurs, et l'un de leurs plaisirs sauvages consistait à les battre jusqu'à la mort, tout en sollicitant, par raillerie, leur intercession : « Chante pour nous, chanteur, chante pour nous ! » Pour comble de sacrilège, on les vit répandre sur le sol des hosties consacrées, après avoir volé les ciboires, et les 126 piétiner avec furie. Le peuple les considérait non seulement comme des hérétiques, mais comme des athées. En d J 81, l'évèque Etienne de Tournai décrit en termes saisissants la terreur qu'il éprouva lorsque, chargé d'une mission par le roi, il traversa le Toulousain, tout récemment ravagé par la guerre entre le comte de Toulouse et le roi d'Aragon. Au milieu de vastes solitudes, il ne vit que des églises ruinées, des villages abandonnés, où il craignait sans cesse d'être attaqué par des brigands et, pis encore, par les bandes redoutées des Côtereaux. C'est probablement en conséquence de la croisade décrétée contre eux, en même temps que contre les Patarins, qu'une campagne d'ensemble fut entreprise peu de temps après contre les bandits de la France centrale. On les refoula du côté de Châteaudun et là, au mois de juillet 4183, ils éprouvèrent une défaite sanglante, où ils perdirent six mille hommes suivant les uns, dix mille cinq cents suivant d'autres. Les vainqueurs eurent à se partager, outre un énorme butin, cinq cents filles publiques qui accompagnaient les brigands. Bien qu'ils eussent pris le nom de Paciferi, les défenseurs de l'ordre ne se montrèrent pas pitoyables. Quinze jours après la bataille, un des capitaines de routiers fut pris avec 1500 hommes, qui furent tous immédiatement pendus; vers la même époque, on fit encore 80 prisonniers, auxquels on creva les yeux.
En dépit de cette répression sévère, le mal continua à sévir. Les causes auxquelles il était dû ne restèrent pas moins actives et les services de ces mercenaires sans scrupule ni religion con-