RAYMOND VI DE TOULOUSE
peuple la lecture de la Bible et ces pauvres gens n'étaient accusés d'aucune hérésie précise. On s'adressa à Innocent. Le pape répondit qu'il n'y avait rien de blâmable dans le désir de comprendre l'Écriture, mais que la profondeur de ces écrits était tell^que les plus savants étaient souvent incapables de la sonder ; par conséquent, cette lecture dépassait de beaucoup l'intelligence des simples. Le peuple de Metz était exhorté à renoncer à une prétention condamnable et à rendre à ses pasteurs le respect qui leur était dû. Cet avis était accompagné d'une menace très claire pour le cas où il ne serait pas suivi. Comme les Messins n'en continuaient pas moins à lire la Bible, l'abbé de Citeaux et deux autres ecclésiastiques furent envoyés à Metz pour mettre un terme à cet état de choses. La preuve qu'ils ne réussirent guère, c'est qu'en 1230 un hérétique brûlé à Reims possédait une traduction française de la Bible et qu'en 1231 les hérétiques de Trêves en possédaient des versions allemandes. (1)
Ce qui préoccupait naturellement le plus la cour de Rome était l'existence, dansle midi de laFrance, d'une vraie citadelle de l'hérésie. Raymond VI de Toulouse venait, au mois de janvier 1195, de succéder à son père, à l'âge de 38 ans. Il était le plus puissant feudataire de la monarchie et presqu'aussi indépendant qu'un souverain. La possession du duché de Narbonne lui conférait la dignité de premier pair laïque de France. Il était également suzerain, avec une autorité plus ou moins directe, du marquisat de Provence, du comtat Venaissin, des comtés de Saint-Gilles, Foix, Gomminges et Rodez, ainsi que del'Albigeois, du Vivarais, du Gévaudan, du Velay, du Rouergue, du Quercy et de l'Agénois. Même en Italie, il était célèbre comme le comte le plus puissant de l'Europe, ayant lui-môme quatorze comtes parmi ses vassatal, ni les troubadours assuraient qu'il était l'égal des empereurs :
Car il val tan qu'en la soa valor
AurV assatz ad un emperador.
(1) Regest. h, 141, 142, 235. — Revue de l'Hist. des Relig. mars 1889, p. 245. — Gesta Treviror. c. 104.