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PUISSANCE DE RAYMOND VI

Même après le sacrifice de la majeure partie des domaines de sa maison, son fils, Raymond VII, à la cour splendide qu'il tint à Noël en 4244, conféra à deux cents nobles les insignes de la Chevalerie. Par ses alliances matrimoniales, Raymond VII était étroitement lié aux maisons royales de Castille, d'Aragon, de Navarre, de France et d'Angleterre. Il épousa, en quatrième noces (1196), Jeanne d'Angleterre, afin d'obtenir un traité favorable avec son frère Richard et se débarrassa ainsi de l'hostilité d'un homme de guerre redoutable qui, en qualité de duc d'Aquitaine, avait beaucoup inquiété son père. Mais ce traité avec Richard offensa Philippe Auguste, ce qui eut plus tard de tristes conséquences pour Raymond. Presqu'à la même époque, il fut délivré d'un autre ennemi héréditaire par la mort d'Alphonse II d'Aragon, dont les vastes domaines et les prétentions plus grandes encore dans la France méridionale avaient parfois menacé la maison de Toulouse d'une ruine complète. Avec le successeur d'Alphonse, Pierre II, Raymond enl retint les relations les plus amicales, cimentées encore, en 1200, par son mariage avec la sœur de Pierre, Eléanor, et, en 1205, par les fiançailles de son 133 jeune fils Raymond VII avec la fille encore toute jeune du roi d'Aragon. Philippe Auguste, lors de son avènement, lui témoigna une amitié qui semblait un gage de plus de paix et de prospérité pour son règne.

Ainsi assuré contre des agressions du dehors, Raymond se souciait peu de l'excommunication qui avait été fulminée contre lui en 1195 par Célestin III, à la suite d'une atteinte portée aux droits de l'abbaye de Saint-Gilles. Innocent III leva cette excommunication, mais non sans avertir sévèrement le prince, qui eut le tort de ne point faire cas de cet avis. Bien qu'il ne fut pas hérétique lui-même, scn indifférence à l'égard des questions religieuses le rendait toléiant envers l'hérésie de ses sujets. La plupart de ses barons étaient, les uns hérétiques, les autres favorablement disposés envers une croyance qui, en repoussant les prétentions de l'Église, permettaient de la spolier ou du moins de s'affranchir de ses exigences. Les mêmes motifs agissaient sans doute sur Raymond. Quand, en 1195, le concile 'de Mont-

SA POLITIQUE 10LÉRANTE *?>'*

pellier lança l'anatbème contre tous les princesqui négligeraient d'appliquer les canons de Latran contre les hérétiques et les mercenaires, il n'y fit pas la moindre attention. En vérité, il eût fallu à Raymond une dose peu commune de fanatisme religieux pour qu'il consentit à provoquer ses vassaux, à dévaster ses propres domaines et à encourir les agressions de voisins qui le guettaient, le tout pour rétablir l'unité religieuse et rendre ses sujets plus obéissants à une Église connue seulement par sa rapacité et sa corruption. La tolérance avait régné pendant près d'une génération; le pays jouissait de la paix après une longue suite de guerres et la prudence la plus élémentaire conseillait au prince de marcher dans la voie que son père avait tracée. Entouré d'une des cours les plus gaies et les plus cultivées de l'Europe, aimant les femmes, protégeant les poêles, un peu irrésolu dans ses desseins, adoré d'ailleurs de ses sujets, rien ne pouvait lui sembler plus absurde que l'impitoyable persécution que Rome représentait comme le premier de ses devoirs (1). La condition de l'Église sur les domaines de Raymond était bien propre à exciter l'indignation d'un pape comme Innocent III. Un chroniqueur nous assure que, sur plusieurs milliers d'habitants, on ne trouvait qu'un petit nombre de catholiques; et bien qu'il y ait là sans doute de l'exagération, on a pu voir, dans le chapitre précédent, avec quelle rapidité s'était développée l'hérésie. L'état de l'évêché de Toulouse suffit à montrer quel discrédit pesait alors sur l'Église et combien ses intérêts temporels avaient souffert de la ruine de son prestige spirituel. L'évêque Fulcrand, qui mourut en 1200, vivait, faute de pouvoir faire autrement, dans un état de pauvreté tout apostolique. Ses dimes avaient été confisquées par les seigneurs et les monastères; les prêtres de paroisse avaient mis la main sur ses prémices; les » quelques revenus qui lui restaient provenaient d'un petit nombre de fermes et du four banal sur lequel il percevait des droits féodaux. Dans sa misère, il commença un procès contre son

(1) Villani Chron. lib. v, c. 90. — Diez, Leben una Werke dor Trnubadows, 424. — GaiU. Pod. Laur. cap. 47. — Vaissete, éd. Privât, vm, 558. — Petn barîicnsis Hist. Albig. ci.— Vaissete, éd. 1730, m, 101.

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