ARNAUD DE GITE AUX
édictée contre ceux qui entretiendraient des rapports avec lui (1).
L'audace des hérétiques défiait les efforts d'Innocent. Esclarmonde, sœur du puissant comte de Foix, fut hérétiquée, en compagnie de cinq autres dames de haute naissance, dans une assemblée publique de Cathares à laquelle assistaient beaucoup de nobles et de chevaliers. On remarqua que le comte fut le seul à ne point donner aux ministres le salut à la mode des hérétiques dit vénération. Pierre le Catholique d'Aragon présida un grand débat public à Carcassonne, où les légats et plusieurs docteurs hérétiques argumentèrent sans résultat. La situation paraissait si désespérée qu'il fallait, disait Innocent, un nouveau déluge pour purifier le pays et le préparer à l'avènement d'une race nouvelle (2).
139 Décidé à tenter un violent effort, le pape nomma légat en chef 1' «abbé des abbés », Arnaud de Citeaux, supérieur du grand ordre des Cisterciens, homme énergique, implacable, plein de zèle pour la cause de l'orthodoxie et doué d'une rare persévérance. A la fin de mai 1204, Innocent conféra des pouvoirs extraordinaires à une commission composée d'Arnaud et des moines de Fontfroide. Les prélats des provinces infectées étaient l'objet de réprimandes sévères et recevaient l'ordre d'obéir en toutes choses aux légats, sous peine de s'attirer la colère du Saint-Siège. Partout où existaient des hérétiques, les légats étaient autorisés « à détruire tout ce qui devait être détruit, à planter tout ce qui devait être planté. » D'un seul coup, l'indépendance des églises locales était confisquée : Rome proclamait la dictature.
Reconnaissant, d'ailleurs, combien les censures ecclésiastiques étaient devenues impuissantes. Innocent ne songeait plus qu'à employer la force. D'après les instructions données
(1) Pétri Sarnens. c. 1, 17. — Vaisscte, m, 129, 134-5; Preuves, 197. — Regest. vi, 242-3.
(2) Pet. Sarnens. ç 3. — Vaissete, m, 133, 135. — Guillem de Tudela, iv. Je cite ce poème, dont le début est de Guillaume de Tudèle, d'après l'édition de Kauriel (1837). Une version métrique par Mary-Lalbn parut en 180*; depuis M. Paul Mf\vei en a donné une édition critique avec un at>. aratus abondent,