DIEGO ET DOMINIQUE
*ier et décidèrent d'abandonner leur tâche. Le hasard voulut qu'un prélat espagnol, Diego de Azevedo, évêque d'Osma, arrivât alors à Montpellier en revenant de Rome. Il y avait vainement supplié Innocent de lui permettre de renoncer à son évêché pour consacrer le reste de sa vie à la prédication parmi les infidèles. Apprenant la décision des légats, il fit effort pour les en faire revenir; il leur donna l'idée de renvoyer leurs magnifiques escortes et la pompe mondaine dont ils s'entouraient, pour aller vers le peuple pieds nus et pauvres comme les apôtres. Les légats finirent par accepter, mais demandèrent qu'une personne autorisée leur donnât l'exemple. Diego s'offrit, il renvoya ses serviteurs, ne gardant auprès de lui que son sous-prieur Domingo de Guzman, qui avait déjà, sur le chemin d'Osma à Rome, converti un hérétique à Toulouse. Arnaud revint à Citeaux pour tenir un chapitre général de l'Ordre et recruter des missionnaires, tandis que les deux autres légats, avec Diego et Dominique, commençaient leur nouvelle campagne à Caraman. Là, pendant huit jours, ils disputèrent avec les hérésiarques Beaudouin et Thierry (nous avons vu que ce dernier avait été chassé quelques années auparavant du Nivernais.) On nous assure qu'ils réussirent à convertir tout le bas 142 peuple, mais que le seigneur du château ne voulut point accorder l'expulsion des deux docteurs cathares (1).
L'automne et l'hiver furent occupés par des colloques du même genre. Au début du printemps de 1?07, Arnaud avait tenu son chapitre et recruté pour son œuvre de nombreux volontaires, entr'autres une douzaine d'abbés. Ils descendirent en bateau la Saône jusqu'au Rhône et se rendirent, sans chevaux et sans escorte, sur le théâtre de leur activité. Là, ils se séparèrent en groupes de deux ou trois et se mirent à prêcher pieds nus dans les villes et les villages. Pendant trois mois, ils errèrent ainsi, comme de véritables évangélistes, trouvant sur leur chemin des milliers d'hérétiques et peu de fidèles. Les conversions furent rares et eurent surtout pour résultat d'exciter
(i) Pet. Sarnens. c. 3.