‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 155 sur 551 · JGO EXCOMMUNICATION DE RAYMOND · texte numérisé non relu

JGO EXCOMMUNICATION DE RAYMOND

les missionnaires hérétiques à renouveler leurs efforts. La douceur et la tolérance des Cathares sont attestées d'une manière formelle par le fait qu'aucun des moines envoyés par le pape ne courut de véritable danger. C'étaient cependant des hommes qui venaient d'invoquer l'appui des plus puissants souverains de la chrétienté en leur demandant d'exterminer les Cathares par le fer et par le feu. De temps en temps, les moines eurent à se plaindre d'une insulte, mais jamais ils ne furent menacés de violence, excepté peut-être Pierre de Castelnau qui, à Béziers, parait avoir excité une aversion particulière. Malgré les pouvoirs extraordinaires dont ils étaient investis, les légats furent obligés de s'adresser à Innocent afin de pouvoir conférer le droit de prêcher en public à ceux qu'ils en jugeraient dignes. Cela montre avec quel soin jaloux l'Église d'alors entendait restreindre le privilège de la prédication. Mais la réponse favorable faite par le pape au légat fut un des événements les plus importants du siècle, car elle donna l'impulsion au mouvement d'où le grand ordre de Saint Dominique devait sortir (1).

Pierre de Castelnau quitta ses collègues et alla visiter la Provence pour y rétablir la paix parmi les nobles, dans l'espoir de les unir en vue de l'expulsion des hérétiques. Raymond de Toulouse ayant refusé de déposer les armes, le moine intrépide l'excommunia et mit l'interdit sur ses domaines. Il finit par lui reprocher en face et dans les termes les plus amers les parjures et autres méfaits dont il s'était rendu coupable. Raymond subit ces reproches avec patience, tandis que Pierre s'adressait à Innocent pour obtenir confirmation de sa sentence. A cette 143 époque, Raymond était devenu l'objet de toute la haine des papistes, qui lui reprochaient de ne point persécuter ses sujets hérétiques malgré les serments répétés par lesquels il s'y était engagé. Bien qu'il restât orthodoxe en apparence, on l'accusait d'être secrètement gagné à l'hérésie ; on disait qu'il se faisait

(1) Pet. Sarnens. c. 3, 5. — Rob. Autissiodor. ann. 1207. — Guill. Nangiac. ann. 1207. — Guill. de Pod. Laurent, c. 8. — Concil. Narbonn. ann. 1208. — Regest. ix, 185.

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