PARTICIPATION DES SEIGNEURS 1G
mêmes que pour une expédition en Terre Sainte, infiniment plus coûteuse et plus périlleuse ; jamais le Paradis n'avait été à si bon marché. Toutes ces circonstances rendaient certaine la réussite de l'expédition. Il est plus que douteux que Philippe Auguste y ait contribué directement ; mais il laissa ses barons tout à fait libres de servir, tout en profitant des circonstances pour régler l'affaire de son divorce. L'état menaçant de ses relations avec le roi Jean et l'empereur Othon fut le prétexte qu'il invoqua pour ne point intervenir personnellement. Cependant il avertit le pape que les territoires de Raymond ne pourraient être confisqués par personne avant qu'il n'eût été condamné pour hérésie, ce qui n'avait pas encore eu lieu, et que, lorsque la condamnation aurait été prononcée, ce serait au suzerain, et non au Saint-Siège, qu'il appartiendrait de proclamer la peine. Cela était tout à fait d'accord avec la loi exis- 149 tante, car on n'avait pas encore introduit dans la jurisprudence européenne le principe que la suspicion d'hérésie annulait tous les droits, principe que le cas de Raymond contribua beaucoup à établir, car l'Église le dépouilla sans procès de tous ses domaines et décida ensuite qu'il en était déchu; le roi ne put qu'acquiescer. Mais ceux que l'Église appelait alors à prendre la croix n'étaient pas gens à se laisser arrêter par des scrupules légaux. Ce furent d'abord quelques uns des plus grands seigneurs du temps, le duc de Bourgogne, les comtes de Nevers, de Saint-Pol, d'Auxerre, de Montfort, de Genève, de Poitiers, de Forez, avec de nombreux évêques. Plus tard arrivèrent de forts contingents d'Allemagne, sous les ordres des ducs d'Autriche et de Saxe, des comtes de Bar, de Juliers et de Berg. Des recrues vinrent de Brème comme de Lombardie ; on nous parle même de seigneurs slavons qui quittèrent le foyer primitif du Catharisme pour aller le combattre sur le théâtre de son dernier développement. Il y avait en abondance des espérances de salut pour les croyants, de gloire chevaleresque pour les belliqueux, de butin pour tout le monde; et l'armée de la Croix, recrutée parmi la chevalerie et parmi l'écume de l'Europe, promettait de trancher définitivement la querelle, qui, depuis