RAYMOND EST SACRIFIÉ
était le privilège de se joindre à la croisade et d'assister à la conquête de son pays. Quatre jours après son absolution^, il reçut solennellement la croix des mains du légat Milo et prononça le serment que voici : «Au nom de Dieu, moi, Raymond, duc de Narbonne, comte de Toulouse et marquis de Provence, je jure, la main sur les Évangiles, que lorsque les princes croisés arriveront sur mes domaines, je leur obéirai en toutes choses, non seulement en ce qui touche leur sécurité, mais sur tous les points où ils croiront devoir donner des ordres pour leur bien et pour celui de leur armée ». A la vérité, au mois de juillet 1209, Innocent, fidèle à sa politique de duplicité, écrivit à Raymond pour le féliciter de sa soumission et lui promettre qu'il en dériverait des avantages spirituels et temporels; mais le même courrier portait une lettre à Milo l'exhortant à continuer comme il avait commencé et le légat, entendant dire peu de temps après que le comte était parti pour Rome, informa son maître en le priant de ne pas gâter le jeu. « Quant au comte de Toulouse, écrivait-il, cet ennemi de toute vérité et de toute justice, s'il est allé vous trouver pour obtenir restitutution des châteaux qu'il m'a livrés, comme il se vante de pouvoir le faire, ne vous laissez pas émouvoir par ses propos, habiles seulement à la médisance, mais faites que de jour en jour, comme il le mérite, il sente plus lourdement la main de l'Église. Après m'avoir donné au moins quinze têtes comme gages de son serment, il a déjà commis un parjure. Par là il ^52 H manifestement perdu ses droits sur Melgueil, ainsi que sur les sept forteresses que je détiens. Elles sont d'ailleurs si redoutables qu'avec l'assistance des barons et du peuple, qui sont dévoués à l'Église, il nous sera facile, à nous qui les occupons, de le chasser du pays qu'il a souillé par sa vilenie ». Le fourbe qui écrivait cette lettre était, dans l'opinion de Raymond, son ami dévoué et son protecteur.
L'effet de la haine de Milo se fit promptement sentir. L'absolution, qui avait coûté si cher à Raymond, lui fut retirée; une fois de plus, on l'excommunia, on jeta l'interdit sur ses domaines, sous prétexte que pendant les soixante jours où il avait