DÉBUTS DE LA. CROISADE
fait campagne avec les Croisés, il n'avait pas accompli la tâche impossible d'expulser tous les hérétiques ! La ville de Toulouse fut frappée d'un anathème spécial pour n'avoir pas livré aux Croisés tous ceux de ses citoyens qui étaient hérétiques. Il est vrai qu'un peu plus tard on accorda à Raymond un nouveau délai, jusqu'à la Toussaint, pour s'acquitter de toutes ses obligations; mais il était évidemment condamné d'avance et seule sa ruine totale pouvait satisfaire les implacables légats (1).
Cependant les Croisés s'étaient assemblés en tel nombre que jamais, nous dit avec joie l'abbé de Citeaux, une pareille armée n'avait été réunie dans le monde chrétien; on parle, peut être sans trop d'exagération, de 20,000 cavaliers et de plus de 200,000 fantassins, comprenant les vilains et les paysans, mais sans compter deux contingents auxiliaires qui arrivaient de l'Ouest. Les légats avaient été autorisés à lever sur les ecclésiastiques du royaume toutes les sommes qu'ils jugeraient nécessaires et d'en assurer le paiement sous menace d'excommunication. Les revenus des laïques étaient également soumis à l'arbitraire des légats, avec cette réserve qu'ils ne devaient pas être contraints à payer sans l'assentiment de leurs seigneurs. Disposant ainsi de toutes les richesses de la France, auxquelles venait s'ajouter l'inépuisable trésor des indulgences, ilspouvaient facilement entretenir l'armée composite qui, lors de son entrée en campagne, fut adjurée en ces termes par le vicaire de Dieu : « En avant, vaillants soldats du Christ ! Courez à la rencontre des précurseurs de l'Antéchrist et renversez les ministres du Vieux Serpent! Peut-être avez-vous jusqu'à présent combattu pour une gloire passagère; combattez maintenant pour la gloire éternelle. Vous avez combattu pour le monde; combattez maintenant pour Dieu! Nous ne vous exhortons pas à rendre ce grand service à Dieu dans l'espérance d'une récompense terrestre, mais pour gagner le royaume du Christ, que nous vous promettons en toute confiance ! » (2).
(1) Regest. ubi sup. ; xn, 80, 90, 106, 107.
(2) Regest. xi, 23o, xn, 97, 98, 99. — Guill. de Tud. xnt. — Vaissete, m, Pr. 10. Un exemple digne de remarque de la manière dont l'orthodoxie défigure l'histoire a été fourni par Léon Xlll qui , dans une publication officielle, a décrit les