‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 164 sur 551 · GUERRE DE RELIGION ET DE RACE · texte numérisé non relu

GUERRE DE RELIGION ET DE RACE

153 Les Croisés, enflammés par ces paroles, se réunirent à Lyon vers le 24 juin 1209; et Raymond se dirigea aussitôt vers cette ville, pour compléter sa honte en servant de guide aux envahisseurs. Comme gage de sa bonne foi, il leur avait offert son propre fils. Raymond fut reçu amicalement à Valence; puis, sous le commandement suprême du légat Arnaud, il conduisit les Croisés contre son neveu, le vicomte de Béziers. Celui-ci, après avoir vainement offert sa soumission au légat, qui la refusa, s'était hâté de mettre ses forteresses en état de défense et de lever des troupes pour tenir tête à l'invasion (1).

Il faut observer que cette guerre, religieuse à l'origine, prenait déjà le caractère d'une guerre nationale. La soumission de Raymond et l'offre de soumission du vicomte de Béziers avaient privé l'Église de tout prétexte plausible pour les hostilités ultérieures ; mais les hommes du Nord étaient impatients de compléter la conquête commencée sept siècles auparavant par Clovis, et les hommes du Midi, catholiques aussi bien qu'hérétiques, étaient unanimement décidés à résister, malgré les nombreux gages que les seigneurs et les villes avaient consenti à donner dès le début. Il n'est pas question de dissensions religieuses parmi ceux qui défendaient leur pays et Ton ne parle que rarement de secours apportés aux Croisés par les orthodoxes, alors que ceux-ci auraient pu saluer les envahisseurs comme des libérateurs qui venaient les affranchir de la domination des Cathares. C'est que, d'une part, le Catharisme n'avait jamais été tyrannique, et que, de l'autre, le midi de la France offrait à cette époque l'exemple presque unique au moyen âge d'un pays où régnait la tolérance et où l'instinct de solidarité ethnique était plus développé que le fanatisme religieux. Ainsi s'explique le dégoût qu'inspiraient aux sujets de Raymond la pusillanimité de leur comte ; ils l'exhortaient sans cesse à la résistance et lui témoignèrent, ainsi qu'à son fils, une

Albigeois comme sWorçant de détruire l'Église par la force des armes; l'Fglise, dit le pape, fut sauvée, non par les aimes, mais par l'intercession de la Vierge, gagnée à sa cause par l'invention dominicaine du Rosaire. — Leonis PP. XIII. Epist. Encyc. Supremi Apostolatus, 1 Sept. 1883 (Artn, ut, 282).

(1) Pet. Sarnens. c. 15. — Guill de Tud. xi, xiv. — Vaissete, ni, Pr. 7

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