‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 165 sur 551 · MASSACRE DE BEZ1ERS · texte numérisé non relu

MASSACRE DE BEZ1ERS

fidélité à toute épreuve qui dura jusqu'à l'extinction de la maison de Toulouse.

Raymond Roger de Béziers avait fortifié sa capitale; puis, au grand découragement du peuple, il se mit à l'abri dans la forteresse plus sûre de Carcassonne.Réginald, évêque de Béziers, était avec les Croisés, etquandils arrivèrent devant la ville, il se fit autoriser par le légat à lui offrir toute immunité si elle voulait livrer ou 154 expulserleshérétiquesdontilpossédait la liste. Mais quand l'évêque entra dans la ville etfit cette proposition aux principaux habitants, elle fut repoussée à l'unanimité. Catholiques et Cathares étaient trop bons concitoyens pour se trahir les uns les autres. Ils préféraient,répondirent-ils,se défendre jusqu'à la dernière extrémité, fussent-ils contraints de manger leurs enfants, Cette déclaration inattendue remplit le légat d'une telle fureur qu'il jura de détruire la ville par le fer et le feu, de n'épargner ni l'âge ni le sexe et de ne laisser pierre sur pierre. Tandis que les chefs de l'armée délibéraient en vue d'une attaque prochaine, une foule d'individus qui suivaient le camp — dépourvus d'armes, à ce qu'assurent les légats, mais inspirés de Dieu — s'élancèrent vers les murs et les emportèrent, à l'insu de leurs chefs et sans avoir reçu d'ordres. L'armée suivit et le serment du légat fut accompli par un massacre presque sans pareil dans l'histoire de l'Europe. Depuis les enfants au berceau jusqu'aux vieillards, pas un être vivant ne fut épargné. Sept mille hommes, dit-on, furent massacrés dans l'église de Marie-Madeleine où ils s'étaient réfugiés pour chercher asile. Les légats eux-mêmes estimèrent à près de vingt mille le nombre des morts, alors que des chroniqueurs moins dignes de foi donnent un chiffre quatre ou cinq fois supérieur. Un contemporain, fervent Cistercien, nous apprend qu'on demanda au légat Arnaud si les catholiques devaient être épargnés. Le représentant du pape craignit que des héritiques pussent échapper en se disant orthodoxes et fît cette réponse sauvage : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » (1) Dans le carnage et le pillage qui marquèrent cette horrible

(1) [On sait que celte parole célèbre a élé contestée, comme tous les mots historiques ; mais elle répondait certainement à l'état d'esprit des agresseurs. — Trad.]

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