SIÈGE DE CABGASFOTS'NE
moyens de défense. Une contrée montagneuse, hérissée de châteaux forts, qu'on aurait pu facilement défendre pendant des années, fut occupée au bout de deux mois de campagne. La ville populeuse de Narbonne adopta, pour se sauver, des lois extrêmement sévères contre l'hérésie, leva une somme considérable pour apaiser les Croisés et donna en gage un certain nombre de châteaux. (1)
- Sans s'attarder sur les ruines de Béziers, les Croisés, toujours sous la conduite de Raymond, se dirigèrent rapidement vers Carcassonne, place considérée comme imprenable, où Raymond Roger s'était décidé à les attendre. Neuf jours seulement après le sac de Béziers, les Croisés arrivèrent devant Carcassonne et en commencèrent le siège. Le faubourg extérieur, qui était à peine défendable, fut emporté et brûlé après une résistance désespérée. Le second faubourg, qui était bien fortifié, ne fut évacué et brûlé par les assiégés qu'après une longue lutte, où, de part et d'autre, toutes les ressources de l'art de la guerre furent mises enjeu. Restait la ville elle-même, dont il semblait 156 bien difficile d'avoir raison. Suivant une légende, Charlemagne l'avait vainement assiégée pendant sept ans et ne s'en était emparé que par un miracle. On offrit de traiter avec le vicomte; il pouvait s'éloigner avec onze personnes de son choix, à la condition que la ville et ses habitants fussent abandonnés à. la discrétion des Croisés. Le vicomte refusa cette offre avec une virile indignation. Mais la situation devenait intenable ; la ville était encombrée de réfugiés venus de la contrée voisine ; l'été avait été sec et, comme la provision d'eau était épuisée, une épidémie s'était déclarée qui faisait tous les jours de nombreuses victimes. Très désireux d'obtenir une paix honorable, Raymond Roger se laissa attirer dans le camp ennemi, où il fut traîtreusement retenu captif; peu de jours après, il mourait — de dyssenterie affirmait-on, bien que d'autres bruits aient couru sur cette fin opportune. Privés de leur chef, les habitants perdirent courage; pour éviter la destruction totale de la ville,
(i) Guill. de Tudela, xm, xiv. — Vaissete, m, 169, 170; Pr. 9, 10.