‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 168 sur 551 · PRISE DE CARCASSONNE · texte numérisé non relu

PRISE DE CARCASSONNE

ils firent l'abandon de tous leurs biens et furent autorisés à partir sans autres bagages que leurs péchés — les hommes en pantalon et les femmes en chemise. La ville fut occupée sans résistance. Cette fois, il n'est question d'aucune enquête sur la religion des vaincus et l'on ne songea pas à brûler un seul hérétique. (1)

Le siège de Carcassonne nous met en présence, pour la première fois, de deux hommes dont nous aurons beaucoup à nous occuper par la suite, Pierre II d'Aragon et Simon de Montfort. Ils représentent d'une manière si typique les éléments opposés dans ce grand conflit que nous croyons devoir nous arrêter un instant pour considérer ces deux puissantes natures. 157 Pierre était le suzerain de Béziers, uni au jeune vicomte par les liens d'une amitié étroite. Bien qu'il eût refusé de lui venir en aide, il se hâta, dès qu'il apprit le sac de Béziers, de se rendre à Carcassonne, afin d'offrir sa médiation en faveur de son vassal. Ses efforts furent inutiles ; mais, dès lors, il ne devait plus se désintéresser des événements.

Dans toute l'Europe, Pierre était considéré comme le modèle des chevaliers du Midi. De stature héroïque, passé maître dans tous les arts de la chevalerie, il était sans cesse au premier rang dans les batailles; lors de l'effrayante journée de LasNavas de Tolosa, qui brisa en Espagne la puissance des Maures, ce fut lui qui, de tant de rois et de seigneurs, fut unanimement jugé le plus vaillant. Aussi galant que brave, il passait pour très licencieux même à cette époque de morale facile. Il était libéral jusqu'à la prodigalité, épris des pompes et des spectacles, plein de courtoisie envers tous et magnanime envers ses ennemis. Comme son père Alphonse II, il était troubadour et ses chansons étaient d'autant plus applaudies qu'il patronnait

(1) Regest. xn, 108; xv, 212. - Pet. Sarnens. c. 17. - Vaisse!e, m. .^.11-18. — Guill. de Tudela, xxiv, xxxm, xl. - Guill. Nan-.ac. ann. 1209. -Ouill. de Pod. Laurent c. 14. — A. Molinier, ap. Vaissete, éd. Privât, vi, 2^6.

Dom Vai^ete (m, 172) rapporte, d'après Césaire de Heisterbach, que 4o0 habitants de Carcassonne refusèrent d abjurer, que 400 furent brûles et les autres pendus^ Le silence de contemporains mieux informés rend cette information douteuse d autant plus que Césaire allègue que cet incident s'est passé dans une ville qu il nomme Pulc.brava.lli * (Diai AJi>-ac. dist. v, c. 21).

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