‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 169 sur 551 · PIERRE II D'ARA GON · texte numérisé non relu

PIERRE II D'ARA GON

généreusement les autres poètes, ses rivaux. En outre, son zèle religieux était si ardent qu'il se glorifiait du surnom de El catolico. Il manifesta ce zèle non seulement par le féroce édit contre les Vaudois, dont il a été question dans un chapitre précédent, mais par un acte extraordinaire de dévotion envers le Saint-Siège. En 1089, son ancêtre, Sanche Ier, avait placé le royaume d'Aragon sous la protection spéciale des papes, de qui ses successeurs devaient le recevoir à leur avènement et à qui ils devaient paver un tribut annuel de 500 mancus. En 1204, Pierre II résolut d'accomplir en personne cet acte de féauté. Accompagné d'une escorte magnifique, il fit voile pour Rome, où il prêta le serment d'allégeance à Innocent, s'engageant, par surcroit, à persécuter l'hérésie. Il reçut une couronne de pain sans levain et le Pape lui remit lui-même le sceptre, le manteau et les autres insignes de la royauté. Il se hâta de déposer le tout, avec les marques du respect le plus profond, sur l'autel de Saint Pierre, auquel il offrit son royaume, prenant en échange une épée des mains d'Innocent, soumettant ses domaines à un tribut annuel et renonçant à tous droits de patronage sur les églises et les bénéfices. Il fut heureux de recevoir, en échange de tout ce qu'il sacrifiait, le titre de Premier Alferez ou porte-étendard de l'Église, et le privilège, pour ses successeurs, d'être couronnés par l'archevêque de Tarragone dans sa cathédrale. Cependant les nobles d'Aragon considéraient que ces honneurs compensaient insuffisamment les lourdes taxes rendues nécessaires par l'extravagance de leur chef; ils ne regrettaient pas moins la renonciation à tout patronage et à la collation des bénéfices. Le résultat de leur mauvaise humeur fut la coalition connue sous le nom de la Union, qui, pendant des générations, fut un danger et une menace pour ses successeurs. La carrière de Pierre ressemble moins à celle d'un monarque qu'à celle du héros d'un roman de chevalerie. Avec de telles dispositions, il était difficile qu'il ne participât point aux guerres albigeoises, où, du reste, il avait un intérêt direct, par suite de ses droits sur la Provence,

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