‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 171 sur 551 · HÉSITATIONS DES CROISÉS · texte numérisé non relu

HÉSITATIONS DES CROISÉS

Gui de Vaux-Cernay, qui avait été avec Montfort à Venise pendant la croisade. C'est à son instigation que le duc de Bourgogne prit la croix.

Gui était porteur de lettres écrites par le duc à Montfort, lui faisant des promesses magnifiques s'il voulait entrer également en campagne. Arrivé au château de Montfort, à Roche fort, Gui trouva le comte dans son oratoire et lui exposa l'objet de sa mission. Montfort hésita d'abord, puis, prenant un psautier, il l'ouvrit au hasard et plaça son doigt sur un verset qu'il pria l'abbé de lui traduire. Ce verset était ainsi conçu : « Car il donnera charge fie toi à ses anges, afin qu'ils te gardent dans toutes tes voies. Ils te porteront dans leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre la pierre (1). » L'encouragement divin était manifeste. Montfort prit la croix, qu'il ne devait plus déposer. On va voir que la brillante valeur du chevalier catalan fut impuissante devant le courage réfléchi du Normand, qui se sentait comme un instrument entre les mains de Dieu (2).

Après la prise de Carcassonne, les croisés paraissent avoir pensé que leur mission était accomplie; du moins avaient-ils servi pendant quarante jours, ce qui suffisait pour mériter l'indulgence promise, et ils étaient impatients de rentrer chez eux. Le légat soutenait naturellement que le territoire conquis devait être occupé et organisé de telle sorte que l'hérésie ne pût plus y prendre pied. On l'offrit d'abord au duc de Bourgogne, puis aux comtes de Nevers et de Saint Pol ; mais ils étaient tous trop prudents pour se laisser tenter et ils alléguèrent, comme motif de leur refus, que le vicomte de Béziers avait déjà été puni assez durement. Alors deux évêques et quatre chevaliers, avec Arnaud à leur tète, furent désignés pour choisir celui auquel le territoire confisqué devait appartenir; à l'unanimité, « sous l'impulsion manifeste du Saint- Esprit », ces sept juges choisirent Montfort. Nous avons lieu de

(i) Psaumes, xci, 11, 12.

(2) Pet. Sarnens. c. 16-13.— Joann. Iperii Ohron. ann. 1201. — Villehardouin, c. 55. — Alberic, Tri uni t'ont, ann. 1202. — Guill. de Tudela. xxxv.

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