‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 172 sur 551 · SITUATION PÉRILLEUSE DE MONTFORT · texte numérisé non relu

SITUATION PÉRILLEUSE DE MONTFORT

croire, connaissant sa sagacité, que le premier refus qu'il opposa était très sincère. N'obtenant rien par des prières, le légat finit par lui donner un ordre formel au nom du Saint Siège. Montfort accepta, mais à la condition qu'on s'engageât 160 à le seconder au milieu des difficultés qu'il prévoyait. La promesse fut faite, sans que personne eût envie de la tenir. Le comte de Nevers, qui s'était pris de querelle avec le duc de Bourgogne, se retira presque immédiatement après la prise de Carcassonne et fut suivi par le plus grand nombre des Croisés. Le duc resta un peu plus longtemps, mais ne tarda pas lui-même à regagner ses foyers. Montfort demeura avec 4,500 hommes environ, pour la plupart des Bourguignons et des Allemands, auxquels il fut obligé de payer double solde (1).

La situation de Montfort était périlleuse. Au mois d'août, sous l'impression des victoires récentes, les légats avaient tenu un concile à Avignon, où les évêques reçurent l'ordre d'exiger de tous les chevaliers, nobles et magistrats de leurs diocèses le serment d'exterminer l'hérésie. Le même serment avait déjà été imposé à Montpellier et à d'autres villes qui tremblaient en songeant au sort de Béziers. Mais des engagements ainsi extorqués par la peur n'étaient que des formalités vaines et l'hommage que Montfort reçut de ses nouveaux vassaux ne fut pas beaucoup plus sérieux. Il est vrai qu'il régla le tracé de ses frontières avec Raymond, qui promit de marier son fils à la fille de Montfort, et qu'il prit les titres de vicomte de Béziers et de Carcassonne. Mais Pierre d'Aragon refusa de recevoir son hommage, encouragea secrètement les seigneurs qui continuaient à résister dans leurs châteaux et promit de leur venir en aide le plus tôt qu'il pourrait. Certains châteaux qui avaient fait leur soumission se révoltèrent; d'autres, qui avaient été occupés par les Croisés, furent repris par leurs anciens maîtres. Peu à peu, le pays revenait de sa terreur. Une guerre de partisans commença; de petites troupes au service de Montfort furent faites prison-

(1) Pet. Sarnens. c. 1" bis. — Vaissete, m, Pr. 10. — Regost. xu, 108.— Pierre rte Ynux-Cernay assure que Monfort ne put conserver auprès de lui que trente chevaliers, ce qui est une exagération manifeste.

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