BATAILLE DE MURET
succès de ses guerriers ; on prétend que Saint Dominique se trouvait parmi eux et que la victoire de Montfort fut due surtout à sa dévotion pour le Rosaire, dont il était l'initiateur et , qu'il pratiquait assidûment.
Comme Montfort s'éloignait dans la direction opposée, les assiégeants crurent d'abord qu'il abandonnait la ville ; mais ils furent bientôt surpris de le voir évoluer et de reconnaître qu'il avait seulement fait un détour afin de pouvoir attaquer sur un terrain égal. Le comte Raymond conseilla d'attendre l'attaque derrière un rempart de charriots et d'épuiser les Croisés sous £77 une grêle de projectiles; mais les fiers Catalans rejetèrent cet avis comme pusillanime. Les cavaliers, formant une masse confuse, se précipitèrent en avant, laissant l'infanterie continuer le siège. Brave chevalier plutôt que général habile, Pierre galopait à l'avant-garde lorsqu'il rencontra deux escadrons de Croisés, parmi lesquels étaient deux chevaliers célèbres, Alain de Roucy et Florent de Ville. Ceux-ci le reconnurent, fondirent sur lui, le renversèrent de son cheval et le tuèrent. La confusion créée par cet événement se changea en panique lorsque Montfort, à la tête d'un troisième escadron, chargea le flanc des Catalans. Ils prirent la fuite, suivis de près par les Français, qui les massacraient sans pitié et qui, abandonnant soudain la poursuite, tombèrent à l'improviste sur le camp où l'infanterie ignorait la déroute des cavaliers. Le carnage y fut effroyable ; les malheureux qui purent échapper se sauvèrent vers la Garonne, mais beaucoup se noyèrent en essayant de traverser le fleuve. On assure que les Croisés ne perdirent pas vingt hommes, que leurs adversaires eurent quinze à vingt mille morts et tout le monde reconnut la main de Dieu dans une victoire si miraculeuse— d'autant plus qu'au dernier dimanche du mois d'août une grande procession avait eu lieu à Rome, suivie d'un jeûne de deux jours, pour demander au ciel le succès des armes catholiques. Toutefois, le roi Jayme nous dit que la mort de son père,, qui eut pour conséquence la déroute de l'armée, ne fut pas l'effet d'un miracle, mais du vice favori du roi d'Aragon. Les nobles albigeois, pour conquérir ses bonnes grâces, avaient mis