LOUIS COEUR-DE-LION
raitre par des ruelles détournées. Le concile déposa Raymond et élut Montfort à sa place ; Innocent, consulté par une ambassade, donna son assentiment. Il déclara que Raymond était déposé pour crime d'hérésie ; sa femme devait recevoir son douaire et une pension de cent cinquante marcs lui était assignée, garantie par le château de Beaucaire. La décision définitive touchant le territoire conquis devait être prise au mois de novembre suivant, par le concile général de Latran; jusque là, il était remis à la garde de Montfort, que les évêques devaient aider et auquel les habitants devaient obéir. Une petite partie des revenus était affectée à l'entretien de Raymond.
L'évêque Foulques retourna à Toulouse, dont il était le véritable maitre, sous la protection du légat qui continuait à tenir 133 Toulouse et Narbonne ; il s'agissait de soustraire ces villes à l'avidité de Louis Cœur de Lion, qui avait pris la croix trois ans auparavant et dont on attendait l'arrivée. Les faidits, comme on appelait les seigneurs et les chevaliers dépossédés, étaient gracieusement autorisés à chercher un gagne-pain dans le pays, à la condition qu'ils ne pénétreraient jamais dans des châteaux ou des villes murées et qu'ils voyageraient sur des bidets avec un seul éperon et sans armes. (1)
La victoire de Bouvines avait délivré la France des graves périls qui la menaçaient et l'héritier de la couronne était désormais libre d'accomplir son vœu. Louis arriva en noble et galante compagnie ; ses chevaliers et lui gagnèrent facilement le pardon de leurs péchés au cours d'un pèlerinage pacifique de quarante jours. Les craintes que sa venue avait fait naître furent bientôt dissipées. Il ne se montra nullement disposé à réclamer pour la couronne les conquêtes faites au cours des précédentes croisades ; on profita de sa présence pour assurer à Montfort une investiture temporaire et pour obtenir l'ordre de démanteler les deux principaux centres de mécontentement, Toulouse et Narbonne. Gui, frère de Montfort, prit possession
(1) Pet. Sarnens. c. 80, 81, 82. — Harduin. Concil. vu, n, 2052. — Innoc. PP. III. Rubricella. — Teulet, Layettes, i, 410-16, n°* 1000, 1113-16. - Guill. de Pod. Laurent, c. 24, 25.