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BUTIN DES CROISÉS

de Toulouse et s'occupa d'en faire raser les murs. L'archevêque Arnaud, moins préoccupé des intérêts de la religion que de ses prétentions au titre de duc, protesta, mais en vain, contre le démantèlement de Narbonne. En remettant à Montfort les domaines de Raymond, Innocent avait fait exception pour le comté de Melgueil, sur lequel l'Église avait certains titres ; il vendit ce comté à l'évêque de Maguelonne, qui dut payer la somme énorme de 33,000 marcs, outre les gratifications exigées par le personnel de la cour pontificale. La couronne réclama, comme héritière éventuelle du comte de Toulouse, mais la vente était définitive et, jusqu'à la Révolution, les évêques de Maguelonne et de Montpellier eurent la satisfaction de s'intituler comtes de Melgueil. Ce n'était là qu'une faible part d'un immense butin et Innocent aurait agi avec plus de dignité en s'abstenant. (1)

Les deux Raymond s'étaient retirés — à la cour d'Angleterre, dit-on, où le roi Jean leur aurait donné dix mille marcs, au i8£ prix de l'hommage sans valeur qu'ils venaient lui rendre. Peutêtre faut-il attribuer à cette maladresse du comte de Toulouse l'autorisation donnée par Philippe Auguste à son fils d'entreprendre la croisade et d'accorder à Montfort l'investiture de terres ainsi placées sous la suzeraineté anglaise. (2) Cependant les humiliations infligées par l'étranger et les révoltes à l'intérieur furent cause que Jean ne put intervenir ni comme allié, ni comme suzerain, et Raymond fut obligé d'attendre patiemment la réunion du grand concile qui devait décider de son sort. Là, du moins, il aurait quelque chance d'être entendu et d'invoquer la justice qui lui avait été si obstinément refusée.

Au moi d'avril 1213, le pape avait lancé les convocations pour le douzième concile général, où l'on devait délibérer sur la reconquête de la Terre-Sainte, sur la réforme de l'Église et des abus, l'extirpation de l'hérésie et la pacification des âmes. On avait spécifié ce programme à l'avance et accordé deux ans et demi aux prélats pour se préparer à y répondre. La réunion

(i) Pet. Sarnens. c. 82. — Vaissete, m, 260; Pr. 56. (2) Radulph.Coggeshall. ann. 1213.

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