CONCILE DE
eut lieu au jour fixé, le 1er novembre 1215, et l'ambition d'Innocent fut à juste titre flattée quand il put ouvrir et préside v l'assemblée la plus auguste que la chrétienté latine eût jamais vue. L'occupation de Constantinople par les Francs avait permis, dans cette circonstance, de réunir les représentants des églises orientales et occidentales ; les patriarches de Constantinople et de Jérusalem figurèrent au concile comme les humbles serviteurs de Saint-Pierre. Chaque monarque avait son représentant, chargé de veiller sur ses intérêts temporels ; les plus savants théologiens étaient venus pour donner, au besoin, leur avis sur les questions de foi et de droit canonique. Les princes de l'Église assistaient en plus grand nombre que dans tout concile antérieur. Outre les patriarches, il y avait 71 primats ou métropolitains, 412 évêques, plus 800 abbés et prieurs 182 et les innombrables délégués des prélats qui n'avaient pu venir en personne. (1) Deux siècles devaient s'écouler avant que l'Europe montrât de nouveau sa force collective dans une assemblée comme celle qui remplissait alors l'immense basilique de Constantin. C'est une marque éclatante du service que l'Église a rendu en contrebalançant les tendances centrifuges des peuples, que la réunion, à l'appel du pontife de Rome, d'un pareil conseil fédératif du christianisme, que nulle autre puissance n'aurait été capable d'assembler. A défaut du pouvoir central qui se manifestait ainsi avec éclat, les destinées de la civilisation moderne eussent été tout autres.
Les comtes de Toulouse, de Foix et de Comminges étaient arrivés à Rome avant l'ouverture du concile. Ils y furent rejoints par le jeune Raymond qui, pour échapper aux émissaires de Montfort, avait du passer d'Angleterre en France et traverser ce pays, déguisé comme le serviteur d'un marchand. Dans une série d'entretiens avec Innocent, ils plaidèrent leur cause et produisirent une certaine impression sur son esprit. On dit qu'ils furent secondés cette fois par Arnaud de Narbonne, irrité par sa querelle avec Montfort ; mais les autres prélats, pour
(i) Chron. Fossœ Novae, ann. 1215.