‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 195 sur 551 · CONDAMNATION DE RAYMOND · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DE RAYMOND

lesquels c'était presque une question de vie ou de mort, dénoncèrent Raymond avec tant de violence et tracèrent un tableau si effroyable de la catastrophe qui menaçait la religion, qu'In. nocent, après une courte période d'hésitation, résolut de ne rien faire. Montfort avait envoyé pour le représenter son frère Gui. Sitôt que le concile fut réuni, les deux parties y plaidèrent leur cause. La décision des Pères fut prompte et, comme on pouvait s'y attendre, en faveur du champion de l'Église. La sentence, promulguée par Innocent le 15 décembre 1215, rappelait les efforts de l'Église pour délivrer la province de Narbonne de l'hérésie, vantait la paix et la tranquillité qui avaient été la conséquence de son succès. Elle admettait que Raymond s'était rendu coupable d'hérésie et de spoliation, en raison de quoi il était privé d'un pouvoir dont il avait abusé et condamné à résider ailleurs en pénitence de ses péchés, avec la promesse d'une rente de 400 marcs tant qu'il se montrerait obéissant. Sa femme devait conserver les domaines de son douaire ou en recevoir l'équivalent. Tous les territoires conquis par les Croisés, y compris Toulouse, le centre de l'hérésie, et Montauban, étaient attribués à Montfort, qu'on louait comme le principal instrument du triomphe de la foi. Celles des autres possessions de Raymond qui n'avaient pas encore été conquises devaient être gardées par l'Église, pour être remises, en tout ou en parlie, au jeune Raymond, s'il se montrait digne d'en être investi lors de sa majorité. En ce qui concernait le comte Raymond, le jugement était sans appel ; désormais, l'Église ne l'appela plus que « le ci-devant comte » Quondam cornes. Des décisions 183 subséquentes, touchant le pays de Foix et de Comminges, arrêtèrent du moins, dans cette direction, le progrès des armes de Montfort, bien qu'elles fussent beaucoup moins favorables aux nobles de ces contrées qu'elles ne le paraissaient au premier abord. (1)

Le tribunal suprême de I Eglise avait parlé. Mais ce tribunal

(1) GuiU. de Tudèle, cxlii. — Vais?ete, m, 280-1; Pr. 57-63. — Teulet, Layettes, i, 4.0, n° 1132. — Pet. Sam. c. 83. — D'Achery, i, 707. — Molinier, L'Ensevelissement du Comte de Toulouse, Angers, 1885, p. 6.

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