RAYMOND LE JEUNE
avait perdu une partie de son empire sur les âmes et sa sentence, loin d'apaiser toutes les querelles, fut le signal d'une révolte. Dans le midi de la France, on avait attendu avec confiance la réparation d'une longue série d'injustices; -quand cet espoir fut déçu, l'esprit national, exalté jusqu'à l'enthousiasme, ne vit de salut que dans la résistance armée. Si Mont fort s'était imaginé que ses conquêtes étaient confirmées «l'une manière durable par la voix des Pères de Lalran et par l'acceptation de l'hommage qu'il n'avait pas tardé a rendre à Philippe-Auguste, il montra par là combien il connaissait peu le tempérament des hommes à qui il avait affaire. Toutefois, en France, il était naturellement le héros du moment et Je voyage qu'il entreprit pour aller offrir son allégeance fut une marche Iriomplale. Les populations s'attroupaient pour voirie champion de 1 Eglise; le clergé formait des processions solennelles pour lui souhaiter la bienvenue dans chaque ville et ceux qui pouvaient seulement toucher ]o bord de ses vêtements s'estimaient heureux (1).
Le jeune Raymond, qui était à cette époque un adolescent de dix-huit-ans, endurci par des années d'adversité, avait des manières attrayantes et nobles qui, dit-on, produisirent une impression très favorable sur Innocent. Le pape le congédia avec sa bénédiction et un bon conseil : ne pas prendre le bien d'autrui, mais défendre le sien (res de V autrui noapregas; lo teu, se derjun lo te vol hostar, deffendas.) Le jeune homme se hâta de suivre le conseil pontifical, mais il l'entendit à sa ma- 184 nière. La part d'héritage qui lui avait été réservée sous la garde de l'Église était située à l'est du Rhône; c'est là que le père et le fils, revenant d'Italie, se rendirent au commencement de 1216, pour chercher une base d'opérations. Peu de temps après, Raymond l'aîné alla en Espagne pour lever des troupes. Les citoyens de Marseille, d'Avignon, de Tarascon se levèrent comme un seul homme à l'appel de leur seigneur et demandèrent à être conduits contre les Français, indifférents aux foudres de l'Église, prêts à sacrifier leurs biens et leurs vies. Désormais,
(1) Pet. Sarnens. c. 83.