MORT DE RAYMOND VI
de Saint Sernin vint lui apporter les consolations de la religion. Un Hospitalier qui était présent jeta sur lui son manteau avec la croix, afin d'assurer à sa maison le privilège d'ensevelir 180 le comte; mais un paroissien zélé de Saint Sernin arracha le manteau et il s'ensuivit une révoltante querelle sur le corps du moribond, l'abbé réclamant à grands cris le cadavre, puisque la mort survenait dans sa paroisse. Il finit par ameuter le peuple, auquel il ordonna de ne point permettre que le corps fût enlevé. Cette dispute sur les restes du comte de Toulouse devint encore plus odieuse parce que l'Église ne voulut pas permettre l'inhumation de celui qu'elle considérait comme son ennemi. Le corps resta sans sépulture, en dépit des efforts réitérés de Raymond VII, après sa réconciliation, pour assurer le repos de l'âme de son père. Ce fut en vain qu'une enquête instituée en 1247 par Innocent IV recueillit les témoignages de cent vingt personnes à l'effet que Raymond VI avait été le plus pieux et le plus charitable des hommes et le très obéissant serviteur de l'Église. Ses restes demeurèrent pendant un siècle et demi le jouet des rats dans la maison des Hospitaliers et quand ils eurent disparu morceau par morceau, le crâne fut encore conservé comme un objet de curiosité, au moins jusqu'à la tin du xvne siècle (1).
Après la mort de son père, Raymond VII poursuivit ses avantages et Amauri fut de nouveau réduit, au mois de décembre, à offrir ses droits à Philippe Auguste, qui refusa derechef de les accepter. Au mois de mai 1223, on eut quelque espoir que le roi de France entreprendrait une croisade ; le légat Conrad de Porto, avec les évêques de Nimes, d'Agde et de Lodève, lui écrivit de Béziers, insistant sur l'état déplorable du pays où villes et châteaux ouvraient tous les jours leurs portes aux hérétiques. Il y eut alors des négociations avec Raymond et les choses allèrent si loin qu'Honorius écrivit à son légat de prendre soin des intérêts de l'évêque de Viviers lors de la conclusion de l'accord attendu. En présence, en effet,
(i) Guill. de Pod. Laur. c. 34. — Vaissete, m, 306, 321-4. — Moliuier, L'ensevelissement de Raymond VJ.