MARCHE DES CROISÉS
Au jour fixé, la chevalerie du royaume se réunit autour du monarque à Bourges; mais il restait bien des questions à régler avant le départ. D'innombrables abbés et délégués de chapitres venaient assiéger le roi, le suppliant de ne pas réduire en servitude l'Église nationale par l'exaction de la dime qui lui était attribuée et promettant, d'autre part, de satisfaire amplement à ses besoins d'argent. Le roi se montra intraitable et les délégués s'en retournèrent, maudissant dans leur cœur et le roi et la croisade. Le légat avait fort à faire pour renvoyer les enfants, les femmes, les vieillards, les mendiants et les infirmes qui avaient pris la croix. Il obligeait ces derniers de déclarer sous serment la somme d'argent qu'ils possédaient; de cette somme, il gardait la plus grande part et les congédiait après les avoir absous de leurs vœux — moyen indirect de vendre des indulgences, qui devint habituel et produisit de fortes sommes. Louis se livrait à un commerce non moins lucratif aux dépens des Croisés qui, lui devant leurs services, étaient peu ambitieux de la gloire ou des périls de l'expédition; il les en tenait quittes moyennant de grosses amendes. Il força aussi le comte de la 199 Marche de renvoyer à Raymond sa jeune fille Jeanne, fiancée au fils du comte et réservée, comme nous allons le voir, à une alliance plus haute. Un grand nombre de seigneurs narbonnais affluaient à Bourges, empressés à montrer leur loyauté en rendent hommage au roi et, plus encore, à lui conseiller de ne point passer par leur pays, qui était ravagé par la guerre, mais de se diriger vers Avignon en suivant le Rhône — avis peu désintéressé que Louis adopta (4).
Louis partit de Lyon à la tête d'une magnifique armée dont .a cavalerie seule, dit-on, comptait 50,000 hommes. La terreur le précédait; beaucoup de vassaux et de villes de Raymond se hâtèrent de faire leur soumission (2) et la cause du comte semblait désespérée avant même le commencement des hostilités. Cependant, quand l'armée arriva devant Avignon et que
(1) Chron. Turonens. ann. 1226. — Teulet, Layettes, n, 72, n° 1751.
(2) Nîmes, Narbonne, Carcassonne, Albi, Béziers, Marseilles, Castres, Puylaurens, Avignon.