‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 220 sur 551 · MORT DE RAYMOND · texte numérisé non relu

MORT DE RAYMOND

au quatrième rang. Le traité de Paris eut les résultats qu'on en espérait. Jeanne de Toulouse et son époux présomptif, Alphonse, frère de Louis, avaient neuf ans en 1229. Leur mariage fut différé jusqu'en 1237 et lorsque Raymond, en 1249, termina son inquiète carrière, ils héritèrent de ses possessions. En 1271, ils moururent l'un et l'autre sans héritiers; alors Philippe III s'empara non seulement du comté de Toulouse, mais de tous les autres territoires dont Jeanne avait cru pouvoir disposer dans son testament, établissant ainsi la souveraineté de la couronne dans tout le midi de la France et mettant le pays en état de supporter les rudes épreuves de la guerre de Cent ans. On peut se demander si, au milieu des convulsions de cette guerre, la maison de Toulouse n'aurait pas pu devenir indépendante et créer un royaume dont la population eût été singulièrement homogène. S'il n'en a pas pas été ainsi, c'est que le fanatisme religieux provoqué par l'hérésie des Cathares permit aux Capets, avec l'assistance de 207 la papauté, d'anéantir au xiue siècle la maison de Toulouse.

Si une monarchie affaiblie comme celle de la France sous la minorité de Louis IX put imposer à Raymond des conditions aussi onéreuses, aussi humiliantes, c'est que la question religieuse l'avait réduit à un isolement sans remède, en dépit de la fidélité de ses sujets et de la résistance honorable qu'il avait opposée à une longue série d'attaques. L'anathème de l'Église, suspendu sur sa tête, paralysait ses moyens et pesait sur lui comme une malédiction toujours agissante. Suivant le droit public de cette époque, il était hors la loi ; même en se défendant, il commettait un crime et le seul moyen pour lui de rentrer dans la société humaine était de se réconcilier avec l'Église. La fatigue et le découragement finirent par avoir raison de son courage. Et cependant, Bernard Gui a raison de dire que le seul article du traité qui assurait la survivance de Toulouse à la famille royale aurait pu passer pour une condition assez dure, alors même que Raymond eût été fait prisonnier par le roi sur un champ de bataille (1).

(i) Bern. Guid. Vit. Greg. PP. IX (Muratori, Script. Rer. Ital. m, 572).

Page 1