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LA PERSÉCUTION

L'Église n'a pas considéré de tout temps que son premier devoir fût de combattre les dissidents par la violence et de leur imposer silence à tout prix. Dans les simples communautés des temps apostoliques, les fidèles étaient unis entre eux par le lien de l'amour; l'esprit dans lequel s'exerçait la discipline est exprimé par ce précepte de Saint Paul aux Galates : « Mes frères, si quelqu'un vient à tomber dans quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le avec un esprit de douceur; et prends garde à toi-même, de peur que tu ne sois aussi tenté. Portez les fardeaux les uns des autres, et accomplissez ainsi la loi du Christ. » (1).

Jésus avait commandé à ses disciples de pardonner à leurs frères septante fois sept fois, et à l'époque où Saint-Paul écrivait, son enseignement était trop récent encore pour être enseveli sous une masse de pratiques et de doctrines où la lettre qui tue étouffe l'esprit qui sauve. Les grands principes essentiels du christianisme suffisaient à la ferveur des fidèles. La théologie dogmatique, avec sa complexité infinie et ses subtilités métaphysiques, n'était pas encore née. Même son vocabulaire restait à créer. Les innombrables articles de foi qu'elle proclame attendaient encore d'être tirés par induction des expressions échappées à des écrivains traitant de tout autres sujets, ou constitués par l'interprétation littérale des métaphores poétiques de l'Écriture Sainte.

On éprouve un véritable soulagement, au sortir de ques-

(i) S. Paul, Épttre aux Galates, vi, 1, 2

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tions presqu'innacessibles à l'intelligence humaine, lorsqu'on revient aux paroles de bon sens que Saint Paul adressait à Timothée : « Suivant la prière que je te fis, lorsque je partis pour la Macédoine, de demeurer à Éphèse, je te prie encore d'avertir certaines personnes de n'enseigner point une doctrine différente et de ne pas s'attacher à des fables et à des généalogies qui n'ont point de fin et qui engendrent des disputes, au lieu de former l'édifice de Dieu, qui consiste dans la foi. Car le but du commandement, c'est la charité, qui procède d'un cœur pur et d'une bonne conscience et d'une foi sincère. » (1). Ceux qui se complaisaient à ces vaines querelles, Saint Paul les dénonce comme « prétendant être docteurs de la loi, quoiqu'ils n'entendent point ce qu'ils disent ni les choses qu'ils 210 assurent comme certaines » (2) et il donne le précepte suivant à son disciple favori : « Rejette les questions folles et qui sont sans instruction, sachant qu'elles ne produisent que des contestations. » (3). Le parti des Ébionites dans l'Eglise était d'accord sur ce point avec l'école de Saint Paul : « La religion pure et sans tâche devant Dieu, notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver de la souillure du monde. » (4).

Cependant déjà la semence était jetée qui devait produire une si abondante récolte de méchancetés et de misères. Saint Paul lui-même ne veut pas admettre que l'on s'écarte des enseignements qu'il apporte : « Si quelqu'un vous annonce un autre Evangile que celui que nous avons annoncé, quand même ce serait un ange du ciel, qu'il soit anathème. » (5). Ailleurs, Saint Paul se vante de livrer à Satan Hyménaeus et Alexandre « afin qu'ils apprennent à ne plus blasphémer. » (6). Le développement rapide de l'intolérance parait manifeste dans les menaces de l'Apocalypse à l'adresse des apostats et des

(1) Saint Paul, Epitre I à Timothée, i, 4, 5.

2) Ibid. i, 7.

h) Saint Paul, Epitre II à Timothée, ir, 23.

(4J Saint Jacques, Epitre, i, 27.

(5) Saint Paul, Epitre aux Galates, I, 8.

(6ï Saint Taul, Epitre I à Timothée, i, 20.

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