‹ Histoire de l'Inquisition au moyen âgeChapitre 224 sur 551 · SAINT AUGUSTIN · texte numérisé non relu

SAINT AUGUSTIN

Ce n'était pas seulement la haine théologique, l'orgueil de l'opinion individuelle et le zèle pour la pureté de la foi qui excitaient ces funestes passions. La richesse et le pouvoir avaient des charmes même pour l'évêque et pour le prêtre, et plus l'Église grandit avec le temps, plus sa richesse et son pouvoir dépendirent de l'obéissance du troupeau. Un théoricien hardi qui mettait en doute la correction dogmatique de son supérieur dans l'Église, était un mutin de la pire espèce; et s'il réussissait à grouper autour de lui des disciples, il formait le noyau d'une révolte qui pouvait devenir une révolution. Là où les sectaires étaient suffisamment nombreux pour constituer une communauté particulière, il ne servait de rien qu'on les retranchât de la communauté de l'Église ; les censures ecclésiastiques éi.aient impuissantes contre des convictions exaltées. Il en résulta que ces sectaires devinrent l'objet d'une animosité plus féroce que les pires des criminels. Quelque triviale qu'ait été la cause première d'un schisme, quelque pure et fervente que pût être la foi des schismatiques, le fait qu'ils avaient refusé de plier devant l'autorité devenait ua crime à côté duquel tous les péchés paraissaient insignifiants et qui neutralisait, pour ainsi dire, toutes les vertus et toute la piété dont les coupables pouvaient donner l'exemple. Saint Augustin lui-même ne voyait rien qui pût adoucir sa haine dans l'ardeur enthousiaste avec laquelle les Donatistes subissaient et recherchaient même le martyre. S'ils avaient porté le Christ dans leurs cœurs, leur abnégation aurait pu mériter l'éloge; mais ils agissaient sous l'impulsion de Satan, comme les porcs de l'Évangile que l'Esprit impur poussa à se noyer dans le lac. Le martyre, même enduré au nom du Christ, ne pouvait pas sauver les hérétiques ou les schismatiques des flammes éternelles où ils devaient rôtir avec Satan (1). o \2 Cependant l'esprit de persécution répugnait trop à l'enseignement de Jésus pour qu'il pût triompher sans une lutte dont les écrits des premiers Pères offrent la trace. Ter-

(]) Augustin. Epist. 185 ad Bonifae. c. m, 12. — Cyprian. de Unit. Ecdes. — C. 3 Extra, v. 7.

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tullien défend chaudement la liberté de conscience; c'est une chose contraire à la religion , dit-il, que d'imposer la religion; personne ne désire des hommages contraints et Dieu lui-même ne peut aimer que ceux qui lui viennent du cœur des fidèles. Toutefois, lorsque l'énergie combattive de cet homme fut surexcitée par ses disputes avec les Gnostiques, il ne lui fut pas difficile de découvrir dans le Deutéronome et dans les Nombres des textes formels à l'appui de la maxime que l'obstination doit être vaincue non par la persuasion, mais par la violence. Saint Cyprien dit qu'il nous appartient de nous efforcer de devenir du froment, laissant l'ivraie à Dieu, et il qualifie de présomption sacrilège l'esprit qui usurpe la fonction de Dieu en cherchant à séparer et à détruire l'ivraie ; et pourtant Cyprien lui-même n'hésitait pas à retrancher de l'Église tous ceux qui différaient d'avis avec lui et à les vouer à la perdition éternelle, seule forme de persécution qui fût praticable à cette époque. A la vérité, il était naturel qu'une Église encore persécutée elle-même plaidât la cause de la tolérance et le fait que, même alors, l'esprit d'intolérance tendait à se donner carrière, aurait suffi à avertir le monde de ce qu'il devait attendre de l'Église le jour où elle aurait le pouvoir matériel d'imposer ses dogmes aux récalcitrants. Cependant Lactance, le dernier en date des Pérès de l'Église persécutée, dit encore que la foi ne doit pas être imposée par la violence, que les massacres et la piété n'ont rien de commun. Il ajoute que personne n'est contraint par force de rester dans l'Église, parce que tout homme qui manque de piété est inutile à Dieu (1).

Le triomphe de l'intolérance était inévitable du jour où le christianisme devint religion d'État. Toutefois, les progrès en furent lents, preuve de la contradiction que l'on sentait entre l'esprit persécuteur et celui de l'Évangile. Mais à peine l'orthodoxie eut-elle été définie par le concile de Nicée, que Cons-

(i) Tertull. A nolog. c. xxiv; Lib. ad Si-apulam, n ; adi\ Gnosticos Scorpiaces, n, m. — Cyprian. Epist. 54 al Maximum ; de Unit. Ecc esiae; Epist. 4 al Pomponium, c. 4, 5. — Firm. Lactant. Div. Instit. v, 20.

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